Denis Villeneuve transforme l'ouverture d'une porte de vaisseau en cérémonial

Chirurgie d'une Scène

On ne dirait pas comme ça, mais l’ouverture d’une porte de vaisseau n’a rien d’une mince affaire. C’est encore plus vrai dans les films de Denis Villeneuve. Que ce soit dans Dune ou Premier Contact, l’instant précis ou un vaisseau ouvre ses portes est toujours chargé d’une intense symbolique.

Si vous avez déjà parcouru les pages de S!CK #020, vous savez que nous avons longuement discuté avec Patrice Vermette, le chef décorateur de Dune et Arrival qui nous a confié sa vision dans l’article « Dune, le Désert Initiatique ». Néanmoins, il se trouve que la discussion avec Patrice fût longue et pléthorique. Et aussi passionnante fût-elle, nous n’avons pas pu tout intégrer dans notre précédent numéro. On vous propose donc d’en découvrir une nouvelle partie aujourd’hui, qui se focalise sur le sens symbolique, et l’importante mise en scène qui entoure l’ouverture des portes de vaisseau dans Dune comme Arrival. Un sujet dont nous avions vraiment envie de discuter avec lui. 

Dans le film adapté de l’oeuvre de Frank Herbert, il y a ce plan somptueux où le clan Atréide débarque pour la première fois sur les étendues de sable d’Arrakis, avec en arrière-plan une flotte de leurs imposants vaisseaux. Des arches spatiales que Vermette compare à « une espèce de bateau avec son ascenseur gigantesque », et qui accentue cette impression de démesure qui s’exprime très bien dans le film. « Le gigantisme c’est aussi une manière de raconter le non-dit de l’histoire » explique Patrice Vermette. « L’épopée de Paul, qui quitte sa planète et qui arrive dans quelque chose qui semble être plus grand que nature. En réalité, c’est son histoire à lui qui est plus grande que nature. Il arrive sur Arrakis et tout est gigantesque, il est presque écrasé par cette réalité » poursuit le chef décorateur.

// LE SAS VERS UNE NOUVELLE RÉALITÉ

L’autre point important, c’est le cheminement qui sépare la phénoménale trappe du vaisseau, et l’endroit où se trouve leurs hôtes qui attendent de manière statique. Le fait que les Atréides viennent à la rencontre de leurs des natifs d’Arrakis parachève cette sensation d’un long voyage qui touche à son aboutissement. Plus qu’une simple passerelle, la porte du vaisseau est un sas de décompression vers une nouvelle réalité. La frontière entre deux mondes, ultime rempart qui s’effondre sur un ton presque cérémonial. « On quitte la noirceur pour être éblouie par cette lumière, qui est tellement intense ! Cette lumière-là est importante pour supporter l’histoire d’un monde nouveau, qui pose la question suivante. Réalise-t-on vraiment ce qui va arriver ? » explique Vermette.

Cette notion de basculer vers l’inconnu était déjà vivace sur Premier Contact (Arrival), une autre percée de Villeneuve dans le monde de la SF, qui offrait une véritable bouffée d’air frais dans le registre du récit UFO. Les étranges vaisseaux qui atterrissent à 12 endroits de la planète sont des modèles d’étrangeté, qui dynamitent les codes généralement associés aux aliens. Loin de l’image rétro de la soucoupe volante, les monolithes de Patrice Vermette jouissaient eux aussi d’une architecture singulière et pleine de sens. Mais surtout, contrairement à Dune où les Atréides (donc les envahisseurs) partent à la rencontre des natifs d’Arrakis, dans Arrival ce sont les humains qui doivent faire les derniers mètres pour aller à la rencontre des envahisseurs, en entrant eux-mêmes dans le vaisseau, ici matérialisé par un immense couloir dépouillé où la gravité est inversé. « Et si c’était un saut de la foi ? » expliquait Vermette au Hollywood Reporter. « Nous avons aussi eu l’idée de mettre un chariot élévateur sous le vaisseau, pour contraster entre la technologie alien et quelque chose de très terre à terre ».

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le vaisseau d’Arrival ne pose d’ailleurs pas véritablement (il est en lévitation quelques mètres au-dessus de la surface). Ce qui est certain, c’est que comme dans Dune, la traversée du sas que représentent les portes du vaisseau se fait sur un ton presque religieux. Qu’on les passe dans un sens comme dans l’autre, les vaisseaux ne sont jamais anodins dans le cinéma de Denis Villeneuve.

➔ On discute longuement avec Patrice Vermette de son travail sur Dune dans les pages de S!CK #020, maintenant disponible sur le shop.

Par Yox Villars // + Read More
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