Il n’est clairement pas trop tard pour vous faire le jeu des Gardiens de la Galaxie. Perdue dans l’infernale mêlée des titres de la fin d’année 2021, cette adaptation d’excellente facture des comics Marvel n’a pas vraiment eu l’attention qu’elle méritait. À l’occasion de notre numéro 21, nous avons justement parlé à Richard Jacques, le compositeur des musiques du jeu.
Richard est sans conteste l’un des grands compositeurs de son temps, qui participe depuis plus de 20 ans à certaines des bandes-originales les plus iconiques du jeu vidéo. Le britannique est (entre autres) un des artificiers historique du « son Sega » qui l’a amené à participer à des projets comme le cultissime Jet Set Radio au tout début des années 2000, sans oublier Headhunter, Outrun ou de multiples épisodes de Sonic. Dans un autre registre, on lui doit aussi une partie des compositions SF de Mass Effect, qui se rapproche de l’ambiance spatiale des Gardiens de la Galaxie. À la différence que Star-Lord, Drax, Gamora, Groot et Rocket soit légèrement plus débridés que l’équipage du Normandy, chose que l’on entend dès les premières notes de la bande-originale du jeu. Dans sa conception, la soundtrack des Gardiens fait état d’une approche « à l’ancienne » qui remet la mélodie au centre de l’équation, inscrivant le son des Gardiens dans la catégorie des notes qui restent collées en tête. « Ces dernières années, certaines bandes-originales se sont mises à utiliser plus de sound design mélodieux » explique Richard Jacques. « Et si ce type de morceaux peut très bien marcher avec le bon matériel de source, il y a selon moi encore de la place pour les bande-originales plus mélodieuses. Créer un thème original est quelque-chose que je trouve toujours très agréable, et pour lequel je suis bien rodé » raconte le compositeur.
Avec ses touches mélodieuses qui rappellent les grandes heures du cinéma blockbuster, le thème principal en lui-même est déjà un accomplissement. Un morceau de bravoure sur lequel nous avons lancé notre conversation avec Richard Jacques. « Le thème principal des Gardiens est le premier morceau que j’ai composé pour ce projet, qui remonte à 2017 » nous explique le compositeur. « Je voulais qu’il contienne tous les éléments des Gardiens eux-mêmes, comme le sens de l’héroïsme et de l’aventure, sans non plus trop se prendre au sérieux parce qu’ils sont après tout une bande de marginaux ». Véritable point gravitationnel de toute l’aventure, le thème (We Got This, Probably) est décliné à différents moments clés du scénario. « À mon avis, les thèmes se doivent d’avoir un certain degré de longévité, et être suffisamment flexibles pour pouvoir être utilisés à différents prémices » nous explique Richard Jacques. « Il fallait que le celui des Gardiens soit suffisamment mémorable pour que le joueur puisse le reconnaître à divers moments de l’histoire, afin de lui donner à son tour cette sensation d’héroïsme et de toute-puissance au moment de sauver la galaxie ».
// COMPOSER AVEC LA SOUNDTRACK
Tout au long de l’aventure, le jeu des Gardiens déborde de séquences qui semblent intégralement tenues par la musique. La moindre rencontre, la moindre découverte, la moindre poursuite s’accompagnent des notes de Richard Jacques qui doit sans cesse composer avec des classiques 80’s, au point parfois de donner l’impression de jouer un concert géant de Blue Oyster Cult, Wham! et Frankie Goes to Hollywood. Sans compter le groupe fictif de métal Star-Lord, créé par Steve Szczepkowski et Yohann Boudreault qui n’hésite pas à virer dans les riffs à l’ancienne. Au milieu de tout ça, le plus gros challenge était de rester cohérent, consistant, et de faire en sorte que le jeu ne vire jamais à la cacophonie. « Je savais dès le début du développement qu’il allait y avoir beaucoup de morceaux des années 80 dans le jeu, chose que j’ai accueillie avec énormément d’enthousiasme ! La playlist a été choisie avec attention, possède une grande variété et se révèle très efficace dans le jeu » nous explique le compositeur, qui a littéralement dû travailler ses arrangements afin de coller aux rythmiques de certains morceaux existants.
« À la fin du premier chapitre, il y a une section où le joueur s’échappe d’une fusillade très intense, traqué par des ennemis alors que des immeubles explosent tout autour. La musique à ce moment-là est très intense, et crée une tension jusqu’à la seconde où les Gardiens embarquent dans le Milano pour enfin s’échapper. À ce moment-là, les joueurs passent aux commandes du vaisseau, et une transition sonore s’effectue sur le morceau I Ran de Flock of Seagulls. J’ai dû faire en sorte que ma composition se termine exactement sur les mêmes notes et tempo que le morceau sous licence, pour que la transition se fasse au mieux, et conserver l’aspect fluide de l’expérience » raconte le compositeur. « C’était un vrai challenge durant le développement du jeu, car on essayait beaucoup de morceaux à différents endroits, et je devais rester flexible afin de pouvoir créer des transitions fluides à chaque fois ».
Le challenge était d’autant plus relevé que le jeu d’Eidos Montréal a cette particularité chère aux Gardiens d’être très bavard. Il n’y a pratiquement pas une seconde de vide, aucun moment de solitude. Il vous suffit de dévier 30 secondes du chemin balisé pour entendre des remarques de Rocket ou Gamora qui se tirent la bourre. Une phénoménale profusion qui confère au jeu toute son âme. Les Gardiens sont déjà d’excellents personnages. Le jeu vous propose de vraiment passer du temps avec eux, y compris dans leurs moments les plus anodins. Créer une routine faite d’interruptions vocales, à laquelle la bande-son doit constamment s’adapter. « C’est mon travail de ne jamais me mettre en travers des dialogues, mais au contraire de supporter les arcs scénaristiques avec la musique » explique Richard Jacques, qui a aussi dû s’adapter aux dialogues à choix multiples. « Pour vous donner un exemple, il y a des conversations où le joueur peut naviguer entre 12 sections différentes, toutes avec des options variées, que j’ai dû mettre en musique de manière customisée à chaque fois, afin d’être certain que mon score colle parfaitement avec la tournure de chaque branche de la conversation » explique-t-il.
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