Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

C’est l’histoire d’un coup d’essai transformé en coup de maître. Le 15 avril 1996, la belle France entendait son nom résonner dans la salle d’attente du docteur. Personne n’a oublié cette Première Consultation, qui a marqué l’histoire du rap français au fer rouge.

Près de 19 longues années plus tard, Doc Gyneco est porté disparu, mais son œuvre la plus culte survie. Le meilleur album de l’histoire du rap français pour certain, aux côtés de l’École du Micro d’Argent, Paris sous les Bombes, ou le Prose Combat de Solaar. Dans un domaine où tout était encore à faire, le doc venait de pondre une peinture sur le vif, une fresque qui résiste à l’épreuve du temps. Le manifeste d’un kid de Porte de la Chapelle, brassant de long en large les problématiques d’une génération qui attaque la vingtaine dans un nuage de weed, embrumée d’incertitudes, qui deal entre les tracas de la vie d’adulte et l’innocence d’une jeunesse romantique, qui ne pense qu’à serrer des meufs et vivre sans lendemains. Au-delà du grand classique, c’est avant tout un disque bourré de paradoxes, qui vacille entre le fantasme d’un esprit rêveur et la dureté de la vie de quartier.

La jeunesse innocente


Dans le fond, on peut dire que Première Consultation n’est rien de plus que le portrait craché de son créateur. Un personnage atypique à la fois roublard, macho, romantique, perché, terre à terre, vicieux et obsédé sexuel. Sous les productions instrumentales diablement West Coast de Ken Kessie, le docteur alors exilé à Los Angeles parle de la France sur un groove G-Funk. Cette vieille fille avec qui il entretient une relation conflictuelle, faite de hauts et de bas. La gent féminine est d’ailleurs un thème central, presque obsessionnel. Sur Les Filles du Moove, il rappe : « Les filles du mouvement rêvent d’enfants assortis. À leur sac, à leurs sapes, je suis pas d´ac´, mais je m´en tape. Depuis que Nike a sorti des Jordan pour tout petits pieds, Les filles de soirées veulent de tout petits bébés ». On ne peut pas non plus passer à côté de la sulfureuse Viens voir le Docteur, qui se fou bien gentiment des codes de la bienséance, quitte à tomber dans le scandaleux d’entrée de jeu : « Tu viens d’avoir quinze ans, mmmmh intéressant. Ne dis rien à tes copines, je ne dirai rien à tes parents. Mais si tu acceptes ces conditions, On jouera à des jeux polissons ».

Un album sulfureux


Et puis il y a Vanessa, cette ode à la fois romantique et vicelarde à la nymphe Vanessa Paradis, qui avait d’ailleurs moyennement apprécié l’objet de fascination qu’elle était pour le jeune rappeur. « Oh Vanessa je pense à toi, j’ai les dessous mouillés mouillés. Je dois me réveiller […] Sur le petit écran je m’imagine avec Vanessa. Sa bouche fiévreuse, nos étreintes ravageuses. Sa langue brûlante et son corps excité. Sa voix haletante, bordée d’obscénités. Son fond de gorge et mon sucre d’orge ». Une mise en texte de fantasmes aussi solitaires qu’inavoués, que le rappeur n’a pas peur de dévoiler au grand jour. Quitte à froisser l’image sacro-sainte du rappeur thug qui n’a pas besoin de se toucher sous les draps le samedi soir devant Canal, parce qu’il s’enchaine groupie sur groupie. Doc Gynéco n’est pas un rappeur bling-bling, et sa vision finalement plus humaine du rap en fait un artiste à l’épreuve du temps.

Des thématiques sombres


La puissance du texte n’est dans le fond qu’une arme supplémentaire, pour faire passer une réalité, parfois biaisée par le filtre excentrique de son créateur, mais toujours ancrée dans une certaine vérité. On parle souvent de Nirvana, qui traite du suicide, des facilités du succès qui consume l’être : « Depuis que j’ai la tête collée sur une pochette, Certaines font semblant de ne pas me reconnaître. […] Et tout est si facile quand on marche dans sa ville, Même les bleus pour moi sont en civil. Je veux changer d’air, changer d’atmosphère. Je vais me foutre en l’air comme Patrick Dewaere. Me droguer aux aspirines, façon Marilyn. Hooo….. faut que je me supprime ». Il fait aussi état de la crise identitaire à laquelle se confronte notre vielle France depuis maintenant plusieurs décennies. Dans Née ici, il fait état de ses origines idéalisées, comme un paradis perdu qui se confronte à l’enfer gris de Paris. Un enfer auquel il rêve d’échapper, mais qu’il ne peut pas quitter, car il y est chez lui : « Les rues sont mortes, les filles décolorées. Pour rester bronzées, elles brûlent sous UV. Toujours fâchée, la fille de la ville, Est agressive comme un flic en civil ».

Un disque de platine


Il n’a d’ailleurs pas fallu longtemps avant que l’album ne rencontre la consécration. Disque de Platine, Première Consultation s’est à ce jour vendu à plus d’un million d’exemplaires. 19 ans plus tard, il reste une peinture étrangement actuelle de notre société. Comme un manifeste qui confirme son côté universel au fil des années. Ses écarts vers la droite que le rap game ne lui a jamais pardonné, le Doc le voit comme une énième provocation d’un mec qui est subitement devenu incompris. Dans une interview fleuve accordée aux inrock il y a deux ans, Gyneco déplore la tournure trop sérieuse du rap : « Moi, je voulais que cette musique s’ouvre et les autres ont voulu qu’elle reste une musique de Noirs, une sorte d’‘art naïf’ comme ils disent là. Mais ça ne servait à rien ! Le souci, c’est que personne ne voulait entendre ce que j’avais à dire… Quand on pense à ce qu’ils ont fait de ma musique… ».

Doc Gyneco - NEWS01

Par Random Hero le

Plus de lecture