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La mort tragique du jeune Michael Brown, abattu de 6 balles par un officier de l’ordre, n’a épargné personne. Et nous n’allons certainement pas la réécrire ici. Chacun se forgera son opinion, son avis sur la situation qui bouleversé les États unis il y a quelques semaines. Eux, ils n’ont pas choisi de se taire, mais plutôt de protester comme ils le font habituellement. Ou plutôt comme ils ont perdu l’habitude de le faire. Qu’ils soient conscients ou inconscients, qu’ils véhiculent une image négative ou qu’ils soient le symbole de la maturité d’un genre, ils ont décidé de se lever, chacun à sa manière. Voilà ce que les acteurs du Hip Hop américain ont eu de mieux à offrir ces derniers jours.

La scène Hip-Hop se mobilise


La dernière fois que la communauté afro-américaine s’est autant mobilisée, c’était à la suite du meurtre de Treyvon Martin en 2012. Si on remonte encore plus loin, on s’arrêterait sur l’Ouragan Katrina et l’impuissance des forces américaines à intervenir et à aider les plus démunis. Malheureusement, tout ce qu’on en a retenu de ce cataclysme, c’est une réflexion maladroite de Kanye West accusant George Bush de ne porter aucun intérêt aux personnes noires. Réflexion que l’ex-président américain n’a pas hésité à qualifier de l’un des pires moments de sa carrière d’homme politique, à côté du 11 septembre, de la guerre en Irak, des armes de destruction massive imaginaires et du Bretzel qui a bien failli lui couter la vie. Mais cette fois-ci, celui qui n’hésitait pas à se qualifier lui-même de « abomination of Obama’s nation » est resté muet. Et ce n’est peut-être pas plus mal.

Naturellement, les premières réactions au meurtre de Michael Brown ont eu lieu sur les réseaux sociaux. Et s’il ne fallait en retenir qu’une, on choisirait sans hésiter une seule seconde celle de Killer Mike sur Instagram. Le rappeur qui flinguait Reagan en 2012 sur l’album R.A.P Music (« Im dropping off the grid before they pump the lead / I leave you with four world : I’m glad Reagan dead ») n’a pas choisi de s’exprimer en musique pour le moment, mais simplement à travers une photo, accompagnée d’une longue description qu’il est possible de consulter ici (http://instagram.com/p/rkrM8xS1Mk/?modal=true). Quant à Lupe Fiasco, un opposant assumé à Obama qui n’a pas hésité à le qualifier de terroriste en plein concert, il a préféré profiter de la situation pour inciter les citoyens à devenir un agent de police. Ajoutant que s’il n’est pas possible de les battre, autant les joindre et changer les choses. Puis il y a les vétérans comme Talib Kweli qui n’ont rien trouvé de mieux que d’apparaître à la télévision pour accuser les médias de faire un travail pitoyable (et sûrement à juste titre) avant de s’embrouiller publiquement avec le présentateur.

Le micro, arme de persuasion massive


S’ils n’ont pas tous décidé de s’exprimer à travers un micro, ils ont tout de même été nombreux à le faire. En tête de liste, on retiendra avant tout J.Cole qui a été le premier à dégainer avec Be Free. Pour son titre en hommage à Michael Brown, le rappeur de la Caroline du Nord a choisi d’adopter le point de vue de l’ami de la victime et aussi témoin du meurtre, Dorian Johnson. Le refrain est simple et se passe de commentaires : « All we wanna do is break the chains off / All we wanna do is be free ». De son côté, B.o.B a réagi nerveusement avec New Black, un titre qui fait explicitement référence à New Slaves de Kanye West. Sans prendre de pincettes, le rappeur d’Atlanta critique ouvertement les émeutes de Ferguson et l’attitude de certaines personnes à l’égard de leur prochain (« Can’t nobody else touch a nigga / But it’s cool for a brother just to bust a nigga ») et préconise plutôt de protester en frappant là où ça fait mal : dans les poches du gouvernement (« The best way to protest, hit em where It hurts, their pockets / It’s time to boycott shit »).

Il conclut de manière sage en déclarant qu’il vaut mieux arrêter de ressasser le passé pour se concentrer sur le futur (« If we put that energy into ourselves / And into our community / And not so much about complaining about how we’ve done wrong »). Si ce n’était pas pour le refrain absolument ignoble, New Black aurait pu être plus efficace que l’intégralité du dernier album du rappeur. L’état d’esprit est totalement différent chez Young Buck. Le rappeur, qui a fait son retour au sein du G-Unit après une exclusion temporaire et un passage par la case prison, ne semble pas être apaisé par les évènements. Son résumé du fait divers est on ne peut plus simple sur le titre Ahhh Shit du G-Unit : « Cause niggas move when they think you not / That shit got my brother shot / Standin’ right in front of his mother’s spot ». Il ne perd pas de vue sa ville d’origine et se permet un parallèle avec la situation à Ferguson qui semble éveiller les animosités (« Ever since Mike Brown went down, my whole city like « fuck a cop » / Run the red light, fuck the stop »). Si la protestation est beaucoup moins pacifique qu’ailleurs, Young Buck apporte sa pierre à l’édifice comme de nombreux autres, avec son style et la hargne qu’on lui connait.

Une belle occasion marketing


Puis il y a ceux qui ont décidé de piocher dans leur catalogue de titres encore exclusifs, afin de coller au mieux à l’actualité. Concrètement, le timing n’aurait pas être plus parfait que celui-ci. On s’éloigne alors du rap à proprement parler avec Lauryn Hill et le titre Black Rage, qui explore le poids du passé des Afro-Américains sur leur comportement dans la société. Et comme vous pouvez vous en douter, le résultat n’est clairement pas positif. Si le titre avait déjà été teasé par la chanteuse l’année dernière, Lauryn Hill n’a pas tardé à dévoiler l’intégralité du morceau en le dédiant à Michael Brown. Quant à T.I, il propose un nouvel hymne national avec Skylar Grey sur le titre New National Anthem. À nouveau, le titre a été écrit bien avant le meurtre de Mike Brown, mais le rappeur a vu ici une opportunité de participer à l’effervescence du Hip Hop ricain autour de ce tragique événement. Du coup, son nouvel hymne national dénonce l’hypocrisie d’une société qui se veut courageuse mais qui est aussi celui du trafic d’armes et des vétérans de guerre (« You say it’s the home of the brave I guess / I say this is the home of the K’s and the vets »).

Le plus intéressant reste la longue Outro du titre sur laquelle le rappeur laisse libre court à ses pensées, critiquant les inégalités entre certaines professions (« If kids are the future, tell me why you can get more for being C.O, than you can for being a teacher ») et justifiant ses précédents déboires avec la justice en avançant que les actes qu’il a pu commettre ont toujours été dirigés envers des personnes qui le méritaient. La conclusion est radicale : ils sont le produit de leur environnement et vivent au jour le jour dans une société où ils sont abandonnés par leur gouvernement. Et ce n’est qu’un florilège des rappeurs les plus médiatiques qu’on vous propose ici. S’il est facile d’y voir une grande part d’opportunisme et d’hypocrisie dans un genre musical qui vend mère, père et sœur pour une liasse de billets verts, il ne fait aucun doute que ces artistes n’en avaient clairement pas besoin. Certains ont même poursuivi leur démarche en se rendant à Ferguson. C’est en effet le cas de J. Cole, Nelly ou encore Common. Peut-être même que la mobilisation et l’implication seront totales le jour où des rappeurs comme Chief Keef, Soulja Boy et Gucci Mane parviendront à écrire un seize mesure sérieux sans avoir l’air ridicule.

Par Sholid le

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