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En 2011, la scène bass music / dubstep londonienne célébrait le premier album d’un de ses meilleurs protégé. Prononcé « Substract », le premier disque de Aaron Jerome sous le pseudonyme SBTRKT n’avait pourtant pas plu à tout le monde. Souvent jugé trop hétéroclite, jonglant entre les genres et les univers sans forcément faire preuve de plus de subtilité que ça. Le syndrome récurrent du parfait DJ live, plus habitué aux foules, à la rafale d’EP et aux remix en tout genre. Plus tôt dans l’année, les oreilles averties s’étaient d’ailleurs régalées de la trilogie d’EP Transitions. Une sorte d’entrée en matière avant le plat de résistance. Du haut de ses 23 tracks, Wonder Where We Land ne semble pourtant pas avoir calmé le côté hétéroclite de Aaron. Pour le meilleur et/ou pour le pire.

Il faut dire que le casting côté featuring ne fait pas vraiment dans l’uniformité : l’indie rock d’un Vampire Week-end, la pop sucrée de Little Dragon, et le flow imperturbable d’un ASAP Ferg : ce n’est pas cette production qui risque de calmer les pulsions de notre cher londonien, qui célèbre parfaitement avec cet album la doctrine du changement dans la continuité. Comprenez par là que vous retrouverez avec joie les saveurs électroniques du garçon, accompagnées cette fois de fortes réminiscences de musiques urbaines. Hip hop, trip-hop, ambiant, soul : il faut de tout pour faire un album de SBTRKT. À tel point que l’on a parfois la drôle d’impression d’entendre la playlist Spotify mensuelle d’un webzine musical lambda. Comme une succession de coups de cœur, qui n’ont pas forcément de rapport les uns avec les autres. La mise en forme laissera donc à désirer pour certains, malgré son parti pris entièrement assumé. Après tout, qu’importe le flacon, tant qu’il y a l’ivresse.

Avec un tel sens de la déconstruction, il n’est au final pas vraiment surprenant de tomber sur une ou deux pommes pourries. Mais ce n’est pour autant qu’on ira balancer tout le panier par la fenêtre comme des malpropres. Malgré sa production aux petits oignons qui fait dans un premier temps son effet, on fini par exemple par réaliser que Look Away est en effet, une piste assez agaçante. Le constat n’est pas aussi extrême pour Osea, Paper Cuts, ou encore Maybe. Elles se noient bien dans la masse, mais on n’ira pas non plus se les réécouter sciemment sur Youtube ou Spotify lors d’une soirée musicalement peu inspirée chez des collègues. Ceci étant dit, il est également important de s’attarder sur les grands moments de réussites de cette galette. Et ils sont nombreux. Sans réelles surprises : la partie électronique tabasse de bout en bout. Que ce soit l’épileptique montée dans les tours de Lantern, les très belles bonus tracks Told You et Tamagochi, ou encore Everybody Know : une vague lounge électrostatique qui se repend comme un fluide dans vos neurones. La vraie surprise vient de la frénétique Decemberist, qui donne réellement l’impression d’être face à une track perdue du dernier album de Flying Lotus.

Fidèle comparse de toujours, l’illustre Sampha fait également une poignée d’apparitions remarquée, à commencer par le lead single Wonder Where We Land. Il y prête sa voix soul et son groove jazzy, qui rappelleraient presque le timbre d’une track du dernier album de Breton. If it Happens, Temporary View et Gone Stay offrent d’ailleurs de jolis breaks, entre les moments de fureur électroniques, et les passages purement hip-hop, eux aussi d’excellente facture. Difficile de cracher dans la soupe face au flow mécanique et imperturbable d’un Raury sur Higher Flow. C’est propre, rien ne dépasse. Même punition pour la très rétro Spaced Out avec Boogie, ou encore la très bonne Voices in my Head avec ASAP Ferg et les filles de Warpaint, qui officient également sur l’ode trip-hop ambiante War Drums. Plus douteux, on ne sait pas encore si ont doit aduler ou enterrer la performance énigmatique de Ezra Koening des Vampires Week-end sur New York, New Dope. Le constat est plus clair que jamais : Wonder Where We Land est avant tout un bel état des lieux de la carrière de Aaron Jerome. Un mec dont on n’a certainement pas fini d’entendre parler.

SBTRKT - VERDCIT

Par Random Hero le

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