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What Went Down, de Foals

Destruction créatrice

En trois albums, les Foals ont prouvé à plus d’une reprise leur amour pour le processus créatif par la destruction. Bruler ses acquis pour donner la vie, exprimer une émotion souvent aussi complexe que paradoxale, tenter avec le plus de justesse possible de retranscrire l’impossible : les tréfonds d’un esprit humain torturé, noyé au beau milieu d’un océan de doutes, d’ambitions, et d’un besoin autodestructeur de reconnaissance. Cette recherche vaine de la perfection fait partie de l’ADN du groupe. Un animal versatile, incompris, et éternel insatisfait. De leur parfaite imperfection émanait un charme, un certain magnétisme qui donnait envie de s’identifier à cette musique bourrée de contre-sens et de vérités pourtant si primitives. Du succès critique comme commercial, des semi-remorques d’albums vendus, et de la reconnaissance globale émane néanmoins une certaine forme d’apaisement. Comme leur leader, les Foals sont plus sereins. Ils sont sûrs d’eux, et parfaitement conscients de leur volonté artistique, faisant de ce quatrième effort un album mieux réglé, mais aussi plus attendu.

C’est d’autant plus frustrant, que nous ne sommes vraiment pas de fervents appliquant de ce putain de « c’était mieux avant », cette théorie passéiste ô combien malsaine. Le cancer des critiques musique. Dans le meilleur des cas, ce n’était pas mieux, simplement quelque-chose de différent. Encore une fois, tout dépend de la manière que chacun a d’appréhender une œuvre, et de son passé avec le groupe en question. Que ce soit Antidote ou Total Life Forever, on retrouvait un instinct animal, un côté parfois brouillon et sur-pensé qui trahissait l’échec de l’humain à retranscrire fidèlement ce qu’il avait dans les tripes. Comme une sorte d’anarchie contrôlée qui n’existe plus ici, ou dans une moindre mesure. C’était pourtant là un des éléments fondateurs de Foals. What Went Down est un album grand, beau, puissant, et les superlatifs lui vont comme une seconde peau. Mais cet effort d’instinct et d’immédiateté ne résonnera pas de la même manière chez tous les fans du groupe. La sacro-sainte remise en question n’est plus vraiment d’actualité. La raison est simple : artistiquement parlant, Foals est à son apogée.

Prenez la tumultueuse Snake Oil, ou même la track éponyme What Went Down. L’effort est bestial, presque sans retenue, titillant de loin les effusions du death metal. Pourtant, la claque est bien moins forte que l’intense Inhaler, tirée du troisième album Holy Fire. Yannis Philippakis y allongeait les tréfonds de son âme dans une orgie sonique des plus brutales. L’album dans son ensemble ne manque pourtant pas de fougue, et se contraste sans cesse par des morceaux plus relâchés comme l’excellente Mountain at my Gates, ou Birch Tree qui distille une pop légère façon My Number. Comme souvent avec le groupe, l’instru enjouée et minimaliste se heurte à un texte émotionnellement chargé : « My heart’s an old black panther. Corrupted financer, you know. It’s a troubled romancer. A question with no answer », ainsi qu’un nouvel exemple de l’éternelle réflexion nostalgique sur le temps qui passe, comme du sable qui s’écoule entre les doigts, ou une rivière que l’on arrive plus à rattraper : « Oh now the river runs away but I chase it. Time holds no fear when I turn round to face it ».

L’ascenseur émotionnel est en marche, et Foals marque toujours un point d’honneur à exprimer le contraste, que ce soit à travers les textes ou les instrus. Ils ont compris que la violence ne faisait vraiment son effet que si elle était contrebalancée avec un retour au calme, et à la douceur mesurée. De l’accoutumance à la douleur nait l’indifférence, et que les sursauts doivent être dosés avec parcimonie pour vraiment marquer les esprits au fer rouge. Dans cet équilibre instable, les contraires ne font pas que s’attirer, ils se subliment, se donnent de l’importance au grès de leurs différences. L’appétit créatif semble sans limite, là où le groupe traite de disparition, de notre propre mortalité, de séparation ou encore d’amour torturé, comme dans la sublime Lonely Hunter : « In the deep blue, see the whitecaps from the shore. But I can’t swim, and it keeps me wanting more. Just remember, love is a gun in your hand ». Plus à l’aise et moins torturés, les Foals ont gagné en maturité ce qu’ils ont perdu en fougue. Mais c’est aussi ce qui pourra manquer sur ce quatrième album, car on ne le dira jamais assez : génie rime aussi avec folie.

Foals - NEWS03

Par Random Hero le

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