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What For, de Toro Y Moi

Scission artistique

Le très prolifique Chaz Bundick a toujours aimé chasser sur plusieurs tableaux. Unanimement salué par la presse musicale comme par le public, le style de Toro Y Moi résulte de la synthèse presque naturelle d’univers musicaux qui ne sont pas forcément compatibles. Indy pop, Chillwave, électronique, lounge et même funk. Il faut de tout pour faire un monde, et celui de Chaz n’a jamais eu à forcer plus que ça pour embarquer nos pauvres âmes innocentes. Le garçon est doué, il n’y a pas de doutes là-dessus. Son côté ultra prolifique le pousse d’ailleurs à prendre toujours plus de risques avec sa carrière musicale, déjà étonnamment bien fournie depuis 2009. Un effort qui s’était jusqu’ici révélé payant, mais qui commence tout doucement à semer la confusion.

Ce qui est certain à propos de la discographie de Toro Y Moi, c’est qu’il n’y a pas deux albums similaires. Chaque nouvelle proposition fait état de nouvelles influences, un peu comme si son géniteur avait passé l’année à embrasser un héritage musical spécifique, tout en continuant à bosser et à multiplier les concerts. Chose qui aurait tendance à confirmer le statut de boulimique musical du jeune producteur de Caroline du Nord. Il y a toujours quelque chose de neuf, mais l’ensemble est toujours cohérent. Comprenez par là qu’on pourrait aisément identifier à quel album appartient chacune des tracks, mais que le tout garde tout de même un semblant d’harmonie. What For pousse néanmoins la différence toujours plus loin. En choisissant de sortir un album exclusivement Indy pop, Chaz savait qu’il ne contenterait pas l’intégralité de ses fans.

Tout comme il savait très bien qu’il ne contenterait pas tout le monde en sortant l’année dernière Michael, un opus 100% électronique qui se rapproche du boulot de Washed Out, son collègue de toujours. Il avait néanmoins eu la bonne idée de le faire sous un nouveau pseudonyme : Les Sins. On comprend aisément cette volonté de Chaz de séparer ces deux mondes. Après l’excellent Anything in Return (qui en était pourtant la synthèse), il est devenu difficile pour Chaz de faire coexister ses envies artistiques dans un ensemble musical cohérent. Il fallait faire la scission. Et c’est exactement ce qu’il s’est une nouvelle fois passé avec What For. Un opus sommes toute loin d’être mauvais, mais que l’on ne retiendra pas comme l’effort le plus abouti du chanteur. Sans toute la dimension électronique de Anything in Return, les instrumentales de ce nouvel album sonnent un peu plus tristounettes. Difficile d’être totalement embarqué dans ce trip qui s’étale sur 10 chansons.

Bien que l’album se veuille plus organique, il n’en ressort au final qu’une sorte de timidité qui s’éloigne des trésors de productions auxquels nous avait habitués le producteur. On pense notamment à la très sympathique Lilly, ou encore au rythme lancinant de Buffalo, qui a tendance à rester en tête. Même constat pour la pop gentillette de The Flight, Run Baby Run, ou encore Empty Nester et son instru ensoleillée qui fait penser à la bande-son d’un jeu vidéo Sonic. Rien de désagréable, mais rien de transcendant non plus. C’est pourtant précisément ce que cette démarche de scission artistique aurait dû provoquer. En l’état des choses, on reste face à un album plaisant, qui ne fera de mal à personne. Tout particulièrement en ces temps moroses.

Toro Y Moi What Else - VERDICT

Par Random Hero le

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