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A$AP Rocky est l’enfant bâtard d’un poisson rouge et d’un caniche d’une riche quinquagénaire qui gâte autant son clébard qu’elle aurait dû porter de l’attention à ses mioches. Il est attiré par tout ce qui brille de près ou de loin, il montre les crocs pour pas grand-chose et déambule comme si tout lui était dû. Moins médiatisé que son idole Kanye West, A$AP Rocky n’en est pas moins vantard. Lui, vaut mieux que tous les autres. Lui, reverse pourtant la même soupe que ses collègues. Comme l’humain est faible, comme je suis faible, comme l’amateur de rap préfère souvent les œillères de la vanité aux vertus de l’humilité, il est impossible de ne pas résister aux nombreux charmes prétentieux du second album d’un rappeur en pleine mutation.

Résumer la carrière musicale d’A$AP Rocky en se basant sur son premier album sorti il y a plus de deux ans, ce serait dresser le portrait d’un jeune rappeur immature, au talent indéniable, mais à l’inconstance déplorable. Ses admirateurs le défendront comme un chien errant mastiquerait un os : avec un amour inconditionnel, avec une haine intransigeante pour quiconque oserait émettre un avis contraire au leur. Rocky n’est pas l’exceptionnel rappeur que ses groupies dépersonnalisées tentent de vous vendre contre vents et marées. Cela étant dit, le poulain du défunt A$AP Yams n’est pas dénué de talent et son univers musical ne demande qu’à être creusé. C’est peut-être la raison pour laquelle son projet a cristallisé autant d’attentes. Et c’est sûrement la raison pour laquelle ce second album s’impose comme une excellente surprise, et surtout comme un accomplissement progressif au regard de son précèdent projet. Rocky est enfin parvenu à développer un univers musical, mêlant sa passion pour la Trap à des sonorités plus surprenantes, d’autres fois beaucoup plus conventionnelles. L’exemple du titre L$D est assurément le plus probant, tant le rappeur est parvenu à sortir des sentiers battus pour proposer une expérimentation aussi efficace qu’inattendue.

Entre deux déclarations prétentieuses justement mises en œuvre, il parvient à offrir une pause musicale chantée qui offre un charme indéniable à ce second album. Au fond, ce n’est rien d’autre que les déambulations d’un rappeur en proie à des chagrins romantiques tout juste digne d’un adolescent qui viendrait de réaliser qu’une érection n’est pas que le fruit d’une action immaculée. Quelques minutes plus tard, cette sensation ambigüe est immédiatement balayée d’une traite par JD, Lord Pretty Flack Jodye 2 et l’excellent Electric Body, une véritable purge auditive menée par Schoolboy Q qui livre l’un des meilleurs couplets de l’album. À chacune de leur rencontre, les deux rappeurs semblent se tirer vers le haut de manière assez fulgurante. At.Long.Last.A$AP n’est jamais ennuyeux. Tout au plus, il affiche parfois quelques baisses de tension. Rien de véritablement anormal pour un projet qui comptabilise pas moins de dix-huit titres. Wavybone, West Side Highway et Better Things donnent la vaste sensation de combler les trous d’un album qui n’avait pas besoin de ces titres pour être complet. Heureusement, l’enchaînement avec M’S fait office d’un rappel à l’ordre, d’autant plus que Lil Wayne livre l’une de ses meilleures prestations depuis très longtemps.

Pour ce second album, A$AP Rocky a fait le choix risqué de multiplier les producteurs : Danger Mouse, Mark Ronson, Kanye West, Juicy J, Hector Delgado et de nombreux autres. Le résultat est satisfaisant puisque le choix des productions a été effectué avec l’objectif de garder une certaine cohérence, sans tomber dans une redondance lassante. L’album a ses longueurs, ses sinuosités verbales presque baroques, tout en mêlant une vanité qui lui vaudrait toutes les critiques morales du monde. Cette platitude règne comme la pièce maîtresse d’un rappeur qui a construit son fonds de commerce sur deux tangentes superficielles : le Swag et les gros culs. Par conséquent, At.Long.Last.A$AP remplit parfaitement son contrat de défouloir narcissique auditif, mais ne propose jamais la profondeur inattendue qui lui aurait valu de multiples louanges. Le renouveau est formel et il se pourrait bien que le rappeur ne s’engage jamais sur les terres de la musique pompeuse, engagée, qui parle plus qu’elle n’est capable de fédérer. Au lieu de cela, le rappeur d’Harlem ne détourne jamais le regard de son nombril, scandant les hauts et les bas de sa célébrité, de ses conquêtes charnelles et du gros tas de pognon sur lequel il pose son cul. Et c’est peut-être mieux comme ça.

A$AP Rocky ALLA - VERDICT

Par Sholid le

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