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NQNT 2, de Vald

En attendant Vald

Le rap français est en forme. Quoi que l’on en dise, la multiplication des plateformes d’écoute et la désacralisation des enregistrements qui peuvent se réaliser avec quelques bricoles dans une salle de bain ont favorisé l’émergence de nouveaux talents aux univers et influences diverses. Certes, pour un artiste doué, il y a plusieurs Morsay qui nourrissent l’espoir de s’attirer la lumière des projecteurs. L’assimilation de cette figure iconique de la culture internet française au sulfureux Vald n’a rien de fortuite. L’un a compris que le monde est une vaste blague, l’autre vend encore des T-shirts à Clignancourt.

NQNT 2 est un paradoxe. La recherche du sens dans l’absence de sens, porté par un rappeur qui ne sait pas lui-même s’il est touché par la grâce des Dieux ou suffisamment chanceux pour toucher des auditeurs susceptibles d’apprécier sa connerie. Partons d’un principe : Vald est plus intelligent qu’il veut le faire croire. Il dispose d’une vision, d’une certaine clairvoyance qui lui permet de détourner tous les sujets possibles. Preuve de son intelligence refoulée, l’excellent titre Urbanisme met en parallèle l’écart générationnel qui sépare les plus jeunes des retraités, faisant au passage les affaires des partis politiques extrémistes. Deux visions, deux âges différents et pourtant la même volonté : mettre les voiles, quitter ces blocs de béton avec plusieurs millions dans les poches. Une telle lucidité n’est pas le fruit du hasard. Il est facile de résumer NQNT 2 à une simple fresque absurde qui distribue des éclairs de vérité. Dans le fond, plus que dans la forme, le dernier projet de Vald est absurde, au sens littéraire du terme. Un peu comme si Samuel Beckett venait d’arriver en 2015 pour constater à quel point les choses n’ont que très peu changé. Vladimir et Estragon sont toujours sur le bord de la route, ils attendent toujours Godot.

Vald débarque, il crache son célèbre Bonjour et c’est à ce moment précis que le sens est à la fois présent et absent. Au premier degré, c’est le désarroi. Au second degré, c’est la difficulté de démêler une histoire qui semble répéter inlassablement la même chose. Au troisième degré, c’est le plaisir de comprendre que derrière la blague se cache un discours beaucoup plus profond sur le manque de communication et l’incompréhension générale d’une génération qui a découvert deux tours s’effondrer à la télévision, une fin d’après-midi en rentrant de l’école. Un autre titre s’impose comme le porte-étendard de cette absurdité clamée par Vald. Selfie est tout simplement la quintessence par excellence du son façonné pour engendrer un maximum de pognon, tout en entrainant la dégénérescence des cerveaux de vos petites sœurs. Vald transcende cette connerie à sa manière, de manière totalement inassumée puisque le principal intéressé n’hésite pas à qualifier sa propre œuvre de purge. Pourtant, dans l’état, l’objectif majeur du titre est de pervertir un titre innocent en y décrivant les supplices sexuels réclamés par une femme adepte de l’amour vache. C’est con et pas si con que ça, tout comme c’est bon et pas si bon que ça.

Au fur et à mesure que les titres défilent, Vald caricature les travers de son propre genre musical : « C’est l’retour du retour du retour du retour … » scande-t-il sur Retour. Toujours en proposant quelques illuminations bien senties : « Des fois j’souris comme Ray Charles / J’savais pas qu’à chaque cachet y’avait la moitié pour l’état ». Ce fil conducteur atteint une certaine apothéose sur Poisson, titre caché situé à la fin de Taga sur lequel Vald passe deux longues minutes à répéter de manière lunaire les mêmes syntagmes. Une manière détournée (et encore une fois sujette à interprétation) de cracher sur ses confrères les moins talentueux qui tournent en rond dans leurs propos. Il existerait des dizaines de qualificatifs à attribuer à NQNT 2, des dizaines de réflexions à esquisser sur ce qui reste pourtant un album relativement classique dans sa production musicale. Avant sa présupposée connerie, c’est surtout la plume de Vald qui sort vainqueur de ce projet et qui confirme que le rappeur excelle dans l’art de tourner en dérision son propre environnement, pour ne pas dire une partie de la société. Parce que ce n’est pas audacieux, parce que ça n’usurpe pas son identité, parce que ça ne laisse pas insensible, NQNT 2 est la blague la plus réjouissante de l’année.

VALD 2016 REVIEW

Par Sholid le

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