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Turn Blue, de The Black Keys

Blue is the Warmest Color

The Black Keys c’est fini. C’est vrai que c’était mieux avant, à l’époque où Dan Auerbach et Patrick Carney étaient musicalement aussi connus que Phillipe Risoli. On était au début des années 2000, mais il y avait déjà des types plus cool que vous, plus cool que moi, qui connaissaient le blues rock du duo sur le bout des doigts. Tout ça pour mieux le vilipender quelques années plus tard. C’était en 2008, lors de la sortie de l’opus Attack & Release. Soit exactement le moment où un certain Danger Mouse s’est joint à l’équation, en ajoutant une touche plus pop à ce bon vieux garage rock du fin fond de l’Ohio. Le début du succès pour Black Keys, le vrai, celui qui transforme les décibels en argent sonnant et trébuchant. Mais aussi le début de la controverse. Depuis c’est la recherche, l’évolution sans dénaturer le propos. Le changement dans la continuité en somme, soit une belle manière de résumer Turn Blue, un beau huitième album.

Le doux parfum des disques homemade, la satisfaction d’un enregistrement bouclé à la sueur de son front : voilà un sentiment qui a depuis longtemps quitté nos deux compères. Une page s’est effectivement tournée suite à la rencontre artistique avec le producteur Danger Mouse, qui sévit notamment sur Broken Bells. Ce mec est ce que l’on pourrait appeler un arc en ciel musical. Il aime le mielleux, il aime le sucré, il aime les synthés, bref, il est au premier abord l’antithèse même de Carney et Auerbach. C’est lui qui a ouvert la boite de pandore, en propulsant notamment l’album Brother au sommet des charts en 2010, avec les pubs et les grammys qui vont avec. En résumé, c’est le bouc émissaire parfait. L’homme que l’on pointe du doigt lorsqu’on a envie d’évoquer le cas Black Keys avec un ton désabusé. Ce à quoi on ne pense pas toujours, c’est que Carney et Auerbach en ont peut-être tout simplement eu marre. Ils en ont eu marre de revisiter le blues avec cet aspect à la fois crade et charnel qui leur appartenait. Ce qui en soit, est toujours plus sain que le fait de se retrouver pris en otage par des remarques passéistes.

Notre duo n’est d’ailleurs pas né de la dernière pluie. Jusqu’à preuve du contraire, le poids d’une mallette de billets verts est encore insuffisant pour décrocher une paire de bras. Tout comme la présence de quelques récompenses n’aura visiblement pas eu raison du poids de leur égo. Carney et Auerbach savent encore jouer de leurs instruments, et nous livrent une partition doucement psychédélique, teintée de réverbérations discrètes et d’une étrangeté Pink Floydesque. Digne entrée en matière, Weight of Love est une spirale de spleen étirée sur 7 minutes qui posent l’ambiance, entre vibrations lourdes, synthé satiné et solo ravageur. Une ballade de fin de soirée, à l’image de la track Turn Blue, également relativement efficace dans son domaine, où l’on sent encore une fois la touche de Danger Mouse en filigrane. Celui que l’on surnomme désormais le troisième Black Keys est dans son élément, et a le mérite de ne jamais complètement s’imposer. Ce n’est effectivement pas le même feeling que les premiers opus du groupe, mais on est encore loin du rejet total.

Gotta get Away, Bullet in the Brain et Waiting on Words font partis de ces titres qui revoient directement à une époque fantasmée, où tout était encore possible. On pourrait presque respirer les brises estivales, le sable, les vagues, bref la totale. Il y a certains clichés dans lesquels on ne se lassera jamais de se vautrer. Gonflé par un groove contagieux, Black Keys explore ici des contrées plus délicates, moins tapageuses. Le meilleur exemple reste la non-émergence d’un vrai lead-single. Il y a bien ce Fever un peu je-m’en-foutiste prout prout, qui fera tout juste le job pour les festivals. Mais c’est tout. Même constat pour Year in Review, qui délivre vraiment le minimum syndical. C’est peut-être ici la marque volontaire ou inconsciente que Black Keys n’est pas encore un groupe totalement vendu au système. C’est tout du moins ce que l’on a envie de croire. On a envie de se dire que Carney et Auerbach ne sont pas du genre à traquer les disques dorés et les statuettes à mettre au dessus de la cheminée. Réalité ou naïveté, l’avenir nous le dira.

Black Keys Turn Blue - VERDICT

Par Random Hero le

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