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Trick, de Kele

Bloc Partie

Kele Okereke est vraiment tombé bien bas. On est loin du géant black surexcité qui hurlait sa hargne sur She’s Hearing Voices avec son groupe Bloc Party. Depuis, le natif de Liverpool a essuyé la sueur, il a fait tomber les dreads, et il s’est recentré sur une carrière solo qui assène le coup de grâce au virage électronique entrepris par Bloc Party il y a plus de 6 ans. À des années lumières des effusions indie rock passées, Kele se concentre désormais sur un format perdu entre la musique ambiante, le trip-hop bon marché, et l’EDM mainstream. Le truc, c’est qu’il n’atteint pas dans ce nouveau domaine artistique, le dixième du talent que Bloc Party avait apporté collégialement à la scène indie rock. Seul, Kele n’est plus qu’un pion de plus. Noyé dans la masse.

On savait d’entrée de jeu que la carrière solo de Kele allait faire des malheureux. Dans un sens, on peut même aisément tirer notre chapeau à l’énorme prise de risque du chanteur, qui a foncé tête baissée vers un nouveau plan que carrière que les 3/4 de ses fans allaient forcément désapprouver. Il s’est tout de même réinventé, en vers et contre tous. Tuant au passage dans l’œuf l’idée d’offrir un avenir digne de ce nom au quatuor de Bloc Party. Beaucoup de fans se souviennent encore vivement de la claque Silent Alarm en 2005, suivie du très bon A Week-end in the City deux ans plus tard. À ce moment précis, Bloc Party posait une pierre considérable à cet édifice majestueux qu’est le rock anglais. Un apport dont on peine encore aujourd’hui à prendre la pleine mesure. Dire que ces albums sont excellents relève clairement du doux euphémisme. On a pourtant essayé de les oublier. De prendre Kele pour ce qu’il était aujourd’hui, et non pour le spectre de sa gloire passée. Mais il faut se rendre à l’évidence : dans tous les cas de figure c’est la même conclusion : Trick est un naufrage total.

Il y a bien quelques sursauts de lumière. La musicalité est présente, mais elle n’effuse jamais. On reste hermétique face aux étincelles de ce début de magie, constamment plombé par un ennemi que Kele n’avait surement pas vu venir : l’ennui mortel. À ce stade, le chanteur n’a pas juste perdu son énergie, il est tout simplement éteint. Ce n’était pourtant pas le cas sur The Boxer, son premier album solo, qui maintenait l’illusion d’un semblant de stamina. Ici, il est sur off. C’est d’autant plus dommage, puisque la musique électronique a toujours gravité autour de Bloc Party. Notamment à partir du troisième album Intimacy, que certains considèrent également comme le début de la lente suffocation du groupe. Pourtant le quatuor anglais avait su faire preuve de talent et d’audace, en mêlant indie rock et electronica sur des tracks comme Your visits are getting Shorter, ou la psychédélique Flux. Ne cherchez plus rien de tout ça, seules Closer et Year Zero ravivent timidement la flamme. Deux pistes sur lesquelles Kele nous fait au moins le plaisir de jouer des différentes subtilités de sa charismatique voix.

Chose qu’il ne fera plus sur tout le reste de l’album, préférant à la place un ton monocorde radio édit. D’entrée de jeu, First Impression troque la musicalité que l’on connait au bonhomme, contre un morceau qui servirait de soundtrack parfaite dans votre Zara le plus proche. Il ne vous reste plus qu’à vous payer une chemise avant votre soirée Lounge Bar, où vous siroterait sans honte un Sex on the Beach à 12€50. On se passe la corde au coup sur Silver and Gold, on pousse le tabouret sur Like We Used to, et on se jette définitivement sur Stay The Night, et ses lyrics à pleurer. À croire qu’il n’y a plus de nuances dans les textes de Kele, qui se contente désormais d’une écriture stéréotypée sur l’amour. Pourtant, rien ne dit qu’il faut forcément être niais lorsque l’on parle de sentiments. Prenez l’exemple du récent album de Caribou, qui parvient aisément à traiter du sujet dans tomber dans l’effluve de punchlines dignes d’un ado de 14 ans. En entendant le chanteur scander des « I know you want some », la triste réalité nous rattrape : au-dessus, c’est le sommeil.

Kele trick - VERDICT

Par Random Hero le

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