Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

This is All Yours, de Alt-J

La Sainte Trinité

La presse musicale est un monde pervers. C’est un véritable attroupement de vipères puantes planquées derrière une armée de MacBook Pro. Le genre de spécimens qui vous adule un jour, pour mieux vous faire ramasser vos prémolaires le lendemain. C’est le syndrome de la femelle mante religieuse dans toute sa splendeur. En sommes : une belle bande de connards suffisants. L’épreuve du deuxième album est à ce titre un passage obligé et redouté des artistes qui ont eu le malheur de faire l’unanimité avec leur premier opus. Parce que vous pouvez être sûr que la moitié des journaleux qui vous avaient taillé un costard en fil d’or la veille vous attend désormais avec un pilori, prêt à remettre à zéro les compteurs du karma. En résumé, on déteste ces types qui vilipendent systématiquement l’album estampillé numéro 2. On s’était d’ailleurs promis de ne pas tomber dans ces travers piteux. Hélas, le second opus d’Alt-J vient de nous forcer à briser cette promesse.

Cette mascarade soporifique est-elle vraiment la succession de An Awesome Wave, véritable pépite pop qui était sortie de nulle part en 2012 ? Malheureusement oui. C’est à se demander ce qui a bien pu arriver au quatuor de Leeds, devenu au passage un trio. Allez savoir. Il y avait déjà anguille sous roche avec la diffusion du lead single Hunger of The Pine. La montée en puissance était belle, et la volonté d’offrir un album plus organique se faisait diablement sentir. Alors pourquoi aller foutre tout ça en l’air avec des samples de Miley Cirus ? On voudrait bien croire à la proposition artistique incongrue, au second degré un peu foireux. La vérité, c’est que ça pue surtout le gros coup de pouce pour entretenir la hype, comme on balance un bout de bifteck à un chien errant. Sans surprise, il se jette dessus comme le crève la dalle qu’il est. Mission réussie : toute la presse se délecte de l’anecdote du sample Miley Cirus, dont le véritable intérêt ne résume à filer du grain à moudre pour rendre les chroniques plus longues. C’est d’ailleurs un peu ce qu’on fait là. Chapeau les mecs.

Le truc, c’est que An Awesome Wave n’avait pas besoin de ça pour faire parler de lui. Alors oui, l’effet de surprise a bien aidé. Mais sérieusement, cet album visait juste à tous les niveaux. Il n’avait pas l’ambition démesurée, la prétention des récompenses internationales. On vous laisse réécouter les Breezeblock et autres Taro pour vous faire une idée plus concrète. À croire que les distinctions multiples ont transformé notre feu quatuor décomplexé, en un trio de prétentieux flippés, qui ont désormais quelque chose à perdre. On comprend d’ailleurs aisément la volonté assez farouche de fuir le premier album, tout en y restant un minimum fidèle. On retrouve ainsi quelques rappels, comme les titres Intro, les interludes perdus, et même une suite à la sympathique Bloodflood, qui se paye ni vu ni connu un petit sample « Assassin de la police » qui nous avait redonné un peu d’espoir. C’est déjà mieux que Miley Cirus. Les similitudes avec An Awesome Wave s’arrêtent pourtant là. Car This is All Yours délaisse une grande partie de l’électronique, pour se recentrer sur les instruments plus tactiles. Encore une fois, la volonté d’offrir un album à taille humaine se vérifie, marchant sans vergogne dans les pas d’un Bon Iver.

Mais ça ne prend pas. Ça sonne faux, et ce, dès les premières secondes de l’intro qui semble avoir été enregistrée au même moment que les choristes, Gérad Jugnot en moins. On ne parle pas des chants perdus soporifiques sur Arrival in Nara, l’ancienne capitale du Japon antique. L’invitation au voyage est bel et bien là, mais rien ne s’accorde. Seulement un pot-pourri d’ingrédients caricaturaux archi-entendus, source de satisfaction garantie pour le premier hipster venu. On est à deux doigts de l’album-concept, faussement diversifié, qui pue l’arnaque de A à Z. On touche le fond avec l’horripilante interlude Garden of England, entièrement joué à la flute. Tout n’est cependant pas à jeter. On pense notamment à la puissante Every Other Freckle, ou bien Lovely Day. Mais ça ne suffit pas à faire pencher la balance. Left Hand Free imite de son côté les classiques du rock, avec son accent poussif du sud de l’Amérique profonde. Encore une fois, Alt-J se travestit, mais n’incarne jamais. On ne peut alors que douter sur la sincérité de cette deuxième production. Poussive, factice, en un mot : chiante.

Alt-J - VERDICT

Par Random Hero le

Plus de lecture