Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

Dans l’histoire romaine, Héliogabale est le premier dirigeant à avoir rejeté dieu. Un « anarchiste couronné né dans un berceau de sperme » selon la description qui en est faite dans le livre de Antonin Artaud. Un bouquin offert par son grand copain Johnny Depp, dans lequel le musicien a puisé une bonne partie de son inspiration. En 2015, Marilyn Manson était presque devenu un anachronisme. Ex-terreur de l’Amérique puritaine, égérie de l’obscène et du scandaleux, il y a quelques années, ce mec puisait encore toute son essence dans l’art de la provocation. Le temps où Brian Hugh Warner faisait sortir tout le monde de ses gonds semble pourtant loin derrière lui. Comme une aura fantomatique de la fin des années 90’s, qui nous rappelle que fut un temps, Marilyn Manson voulait encore dire quelque chose.

Presque deux décennies plus tard, on voyait mal Brian Warner tomber dans la caricature de lui-même. Contrairement à ce que ses détracteurs auraient tendance à vous faire croire, le Révérend est une créature réfléchie. À une époque où choquer est devenu la norme, Manson prend paradoxalement à contre-pied en choisissant une voie plus détachée, presque désincarnée. L’agression a laissé place à une verve plus tordue, toute en retenue, mais bien présente. On est loin des rumeurs du mec qui éclatait des bébés chiots en concert. Le renouvellement était donc vital. Vital pour ne pas devenir ce simili de ce qu’il était. Vital pour réanimer des fans plongés dans une léthargie nostalgique depuis trop longtemps. Bref, vital pour continuer à exister artistiquement parlant, et pas juste comme une triste créature du passé qui défrayait la chronique il y a 15 ans, et qui depuis fait de la musique de merde.

Plus qu’un soulagement, ce nouvel album est une étape nécessaire (bien que tardive) dans la discographie du bonhomme. Un tournant que beaucoup sauront apprécier à sa juste valeur. À savoir un disque plus intime, moins démonstratif, mais bien plus vicieux. Au-delà de l’accessibilité du lead-single Deep Six, l’album regorge de très belles initiatives, qui s’éloignent de l’aspect trop commercial qui pouvait rebuter sur des disques comme le très triste Born Vilain sorti il y a 3 ans, ou encore The High End of Low parut en 2009. On pense notamment à Cupid Carries a Gun et Third Day of a Seven Day Binge, qui versent allègrement dans la complainte Blues. Même constat pour l’excellente Killing Stranger, qui renoue avec un des thèmes récurrents de Manson : le port d’arme. « We’re killing strangers, so we don’t kill the ones that we love / Blow us a kiss, we’ll blow you to pièces ». Tout cela nous ramène au témoignage poignant de l’artiste dans Bowling for Columbine de Michael Moore, qui date de 1999.

On saisis bien là une volonté de bouleverser ses propres codes, tout en gardant une ADN qui elle ne changera surement jamais. Un renouvellement d’image qui se vérifie à travers sa carrière naissante d’acteur, dans laquelle il multiplie les contre-emplois. On pense notamment à sa prestation d’ados victimes dans l’énorme Wrong Cops de Quentin Dupieux, ou bien celle de néo-nazis incarcéré, qui sodomise régulièrement l’un des personnages emblématiques de la série Sons of Anarchy. Cette évolution se ressent bien évidemment à travers la musicalité, dans laquelle s’estompent l’indus et le métal au sein de productions plus langoureuses, plus toxiques, et bien moins rentre-dedans qu’à la grande époque Antichist Superstar. Un changement que l’on doit à la collaboration avec Tyler Bates. Un type derrière les soundtrack épiques de 300 ou bien du jeu God of War. The Mephistopheles Of Los Angeles, le temps fort de l’album résume à lui seul ce nouveau visage. Plus modéré, mais non moins corrosif. Le roi est mort, vive l’empereur.

MM Pale Emperor - VERDICT

Par Random Hero le

Plus de lecture