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Dire que The Marshall Mathers LP est l’un des meilleurs albums jamais réalisé, tout genre confondu, relève encore aujourd’hui de l’euphémisme. Une décennie plus tard, pas un seul titre, pas une seule ligne, pas une seule rime, pas un seul beat n’a pris une ride. Ce grand bras d’honneur aux critiques et à l’Amérique puritaine a élevé Eminem au rang de légende du hip-hop, façonnant par la même occasion et paradoxalement le début de sa chute. Puisque MMLP premier du nom est un objet d’adulation sacré qui a toujours mis tout le monde d’accord, la sortie d’une suite plus de dix ans plus tard était aussi redoutée qu’attendue. L’occasion pour Marshall/Shady/Eminem de remettre les points sur les I.

Comme le rappeur le dit si bien, The Marshall Mathers LP 2 n’est pas une suite, mais plus un retour à l’esprit démentiel qui animait le rappeur à ses débuts. On s’éloigne alors des délires psychotiques de Relapse et de la pop mielleuse de Recovery pour revenir aux sujets dans lesquels le rappeur a toujours excellé : l’introspection, le règlement de compte, l’autodérision, le story telling et la critique acerbe du monde actuel, dans lequel Marshall ne semble plus trouver ses repères, comme il ironise si bien sur le déconcertant So Far (« Got friends on Facebook all over the world / Not sure what that means, they tell me it’s good »).

L’éternel protégé de Dr Dre collabore pour la première fois avec une autre légende de la musique : le monstrueux Rick Rubin. Il n’est donc pas étonnant de retrouver un album où les riffs de guitares sont légion, comme sur le sympathique Berzerk qui semble tout droit sorti d’un album des Beastie Boys. On passera rapidement sur Survival, plutôt banal, pour s’attarder des titres plus surprenants comme Rhyme Or Reason, qui sample le classique Time Of The Season des Zombies. L’occasion pour Eminem de régler ses comptes avec le père qu’il n’a jamais connu, avec une délicieuse ironie (« What’s your name ? Shady. Who’s your daddy ? I don’t give a fuck but I wonder”).

Il est malheureusement triste de constater que Dr Dre ne signe aucune production, s’occupant juste de superviser on ne sait pas trop quoi, alors que son travail derrière les platines n’aurait pas été de trop. En effet, la faiblesse de certains beats est l’un des problèmes majeurs de MMLP2, tout l’inverse du premier opus en somme. Survival, The Monster, Headlights, Asshole, on a été largement habitué à mieux. L’autre problème majeur de cet album – qui n’en est pas vraiment un en soi, mais qui peut devenir agaçant à la longue – c’est la profusion de refrains chantés. Bad Guy, Survival, Asshole, Legacy, The Monster, Headlights, soit six titres sur seize : Recovery a laissé des séquelles et on en arriverait presque à regretter les refrains maladroits de Relapse.

Par conséquent, le seul rappeur invité à poser sur MMLP2 est le très en vu Kendrick Lamar, un autre protégé de Dr Dre, sur l’excellent titre Love Game. S’il ne répond pas aux attentes de ceux qui s’attendaient à une bataille lyricale façon Control, il en surprendra plus d’un. On lève nos pouces pour Kendrick qui n’en démord pas face à l’une de ses idoles (« I’m a sucker for love / You’re a sucker for dicks » – Ah ah !). Heureusement, cet album est aussi celui de la réconciliation pour Eminem, qui contrairement à son mentor, signe plusieurs productions immédiatement reconnaissables. On retiendra principalement So Much Better et Brainless, deux des meilleurs titres de l’album sur lesquels le rappeur renoue avec deux de ses sujets favoris : son ex-femme et sa mère. Ça peut paraitre redondant, mais quand c’est réalisé avec autant de maitrise, il serait idiot de bouder son plaisir.

L’une des grandes forces de cet album et de cette suite, en dépit de ces errances vers la pop et de ses quelques faux pas, ce sont les nombreuses références subtiles qui sont faites au premier MMLP, connu sur le bout des doigts par les fans. Ça commence bien entendu avec l’un des meilleurs titres de l’album, Bad Guy, qui fait directement suite à l’intemporel Stan, dans lequel le petit frère de Stan revient pour se venger. Ça continue avec le Skit Parking Lot qui reprend le Skit de Criminal, jusqu’au « I’m just playing bitch, you know I love you » de So Much Better, en passant par So Far qui s’arrête brutalement pour reprendre les beats de The Real Slim Shady et I’m Back. Bref, avec MMLP2 c’est aussi un jeu qui chasse au trésor qui débute, à la recherche de la moindre référence à des textes qui ont laissé leur marque dans l’histoire du hip-hop.

Lucide sur sa position de pionnier du hip-hop moderne, Marshall ne loupe pas l’occasion de prouver qu’il reste, et qu’il restera surement, l’un des rappeurs les plus doués. En témoigne le morceau Rap God, soit six minutes de pure folie qui en a remis plus d’un à sa place. Sur Evil Twin, Eminem montre une autre face de sa lucidité : se foutre de la gueule du monde fait partie du son ADN, mais la matière semble lui manquer (« No more N’Sync, I’m all out of wack / I’m all out of Backstreets Boys to call out and attack »). Pas grave. Ceux qui veulent retrouver les singeries du premier MMLP n’auront qu’à retourner vers cet album.

Concrètement, The Marshall Mathers LP 2 est le meilleur album du rappeur depuis The Eminem Show. S’il n’est pas dénué de défauts et qu’il reste quelques faux pas, MMLP2 évite de tomber dans les travers de la suite trop facile, celle qui fait honte à l’œuvre originelle et qui salit un nom à tout jamais, même si l’impact ne sera définitivement pas le même, au grand dam des fans de la première heure qui ont du mal à tourner la page.

MMLP2 - VERDICT

Par Sholid le

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