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L’exercice de la critique de The Life Of Pablo est d’autant plus acrobatique qu’il se rattache inexorablement à un processus de création rocambolesque. Aujourd’hui, personne (mis à part peut-être le principal intéressé) n’est capable de dire si la version de The Life Of Pablo mise à disposition sur Tidal est la même version que nous écouterons d’ici une décennie. Une manière comme une autre de briser les conventions de l’album, plus en tant que concept qu’objet. Au-delà de ce qui ressemble de loin à un énorme foutoir, Kanye West poursuit son incroyable quête de perfection, en dépit des usuelles polémiques et de son attitude détestable. Si le monde entier est capable de pleurer la mort d’un génie de la musique comme Lou Reed, pour autant exécrable sur le plan psychologique, pourquoi dénigrer le travail d’un éternel gamin qui semble incapable de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ? Quoique vous puissiez en penser, que vous soyez nostalgique de ses débuts, que vous soyez adorateur de son perfectionnisme sur My Beautiful Dark Twisted Fantasy, Kanye West est l’un des plus doués de sa génération. The Life Of Pablo ne fait que le confirmer.

Chaque nouvel album de Kanye West est un nouveau testament, une sorte de condensé de ce que le hip-hop a de meilleur à offrir à un moment donné. Le mégalomane opère comme un chef d’orchestre. Il place ses meilleurs éléments et s’attelle à tirer le meilleur d’eux-mêmes. Sans lui, Nicky Minaj n’aurait jamais débité le meilleur couplet de sa carrière sur Monster, tiré de My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Et il en est de même pour Cyhi Da Prince, Pusha T ou encore Rick Ross. Si Yeezus était beaucoup plus égoïste et expérimental, The Life Of Pablo rejoint MBDTF sur cette dimension orchestrale : chaque invité a son moment de gloire. On parle quand même d’un mec qui est parvenu à faire en sorte que le couplet de Chance The Rapper sur Ultralight Beam fasse l’unanimité. On parle aussi d’un mec qui sample Panda de Desiigner sur Father Stretch My Hands Pt.2, un rappeur inconnu au bataillon qui marche sur les plates-bandes de Future et qui évoluait encore dans les profondeurs du web il y a quelques mois. On parle d’un mec qui est capable de réunir Kendrick Lamar, Frank Ocean, Kelly Price, Young Thug, Ty Dolla Sign, The Weeknd, Kid Cudi, The Dream sur un seul album, tout en parvenant à vous faire aimer Rihanna et Chris Brown.

De loin, The Life Of Pablo ressemble à une véritable cour de récréation. Le terrain de jeu d’un gamin qui s’amuse à terroriser ses camarades (Taylor Swift et Ray J) avant d’évoquer des thèmes qui feront forcément moins les faveurs des clickbait. Il est facile de juger le grossier personnage sur quelques lignes douteuses et de fermer les yeux sur ses passages beaucoup plus sensibles : le divorce de ses parents sur Father Stretch My Hands, la dépression sur Wolves, son instabilité sur FML, l’amitié sur Real Friends. La meilleure inspiration de Kanye West reste encore une fois sa propre vie. Là où le natif de Chicago savait faire preuve d’une redoutable synthèse sur ses deux précédents albums, The Life Of Pablo semble s’éparpiller dans sa seconde moitié. Un phénomène qui reflète aisément les soucis de finalisation de l’album. À vrai dire, à force de multiplier les tracklist et les annonces, chacun devrait être capable d’y trouver la version qui lui convient. Dans l’état, il y a de quoi se réjouir, de quoi être surpris, de quoi sourire, de quoi passer par toutes les émotions.

Kanye West est, et demeure, l’un des producteurs les plus doués de sa génération. Qui peut se targuer de réunir sur la même piste (Famous) Rihanna, Swizz Beatz, de balancer une vacherie sur Taylor Swift et de finir sur un sample de Sister Nancy, sans que rien de tout cela ne semble paraître forcé ? Personne. The Life Of Pablo réunit la démesure orchestrale de MBDTF et l’audace de Yeezus. L’ensemble peut paraître indigeste sur le moment. Trois salles, trois ambiances : on passe du lumineux Highlights, au très sombre Freestyle 4 avant de finir en apothéose sur le pied de nez I Love Kanye. L’homme est beaucoup plus lucide sur sa personne que bon nombre pourrait croire. Reste que The Life Of Pablo ressemble au caprice d’un éternel enfant, d’un gamin de Chicago qui ne refuse pas qu’on lui dise non et qui manque terriblement de confiance en soi, au point d’être atteint d’un perfectionnisme maladif. Si MBDTF était sa lettre d’excuse au monde entier, si Yeezus était son rejet de toute convention et son animalisation, The Life Of Pablo semble être la réconciliation de Kanye avec Kanye. Il est le Pablo Escobar du rap, un dominant qui a soif de succès. Il est le Pablo Picasso du rap, un artiste visionnaire, en lutte contre tous. Il est le Saint Pablo du rap, un messager en perpétuelle quête de reconnaissance.

KANYE LOP REVIEW 04

Par Sholid le

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