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The Gray Chapter, de Slipknot

Les masques tombent

Il y a clairement un truc de surréaliste à écouter un nouvel album de Slipknot en 2014. Non pas que leur musique soit datée, mais il faut clairement reconnaitre que les 9 masqués d’Iowa reviennent de sacrément loin. Grosse décision que de continuer l’aventure après la mort précipitée de Paul Gray, émérite bassiste, et membre fondateur de Slipknot il y a pratiquement 20 ans. Comme si ça ne suffisait pas, le groupe a également dû se séparer de son batteur Joey Jordisson. Ajoutez à cela la déception de l’album justement titré All hope is Gone en 2008, et vous obtenez ce que certains qualifiaient déjà de fin prématurée. Six années vierges de toutes productions plus tard, les mecs de Slipknot reviennent comme un électrochoc. Hargneux, remontés à bloc, ressuscités.

Quand on parle de métalleux grimés, on pense directement à GWAR. Même si la démarche peut paraitre similaire du point de vue de l’œil profane, Slipknot n’a jamais joué dans les mêmes sphères. Préférant (dans une moindre mesure), les recoins les plus mélodieux du trash métal le plus extrême. C’est-ce qui a valu à leur musique l’affreux surnom de Groove Metal. Des années après, on se demande encore ce qu’il y a vraiment de groovy dans ces hectolitres de tueries ensanglantées qui rythment la discographie du groupe. À la fois adulé par les foules, décrié par certains puristes, Slipknot n’a jamais eu la prétention de mettre tout le monde d’accord. Mais Corey Taylor et sa bande peuvent clairement se vanter d’avoir su générer un groupe populaire, avec tout de que ça implique. Connu largement en dehors des frontières du métal, Slipknot assume pleinement son statut de défouloir du peuple. Ils ne s’en sont jamais cachés. Et il y a fort à parier que c’est cette même popularité qui a poussé les Américains à remettre le couvert une sixième fois.

Et quoi qu’il arrive, il est aujourd’hui difficile de remettre en cause cette décision. Premièrement, parce que l’album est un carton total, en tête des charts iTunes aux USA lors de sa sortie. Et deuxièmement, parce que c’est tout simplement une énorme tuerie. Occulte mise en bouche, XIX pose d’entrée de jeu une atmosphère brumeuse qui ne s’estompera pas avant la fin de l’album. Corey Taylor y scande un « Walk With me » qui sonne comme une invitation. Un appel au vice. Une ode à l’abandon total aux bras de ce plaisir coupable que représente The Gray Chapter. Scartastrophe lance le vrai début des hostilités, avec beau direct dans les amygdales, qui coupent la respiration et fait écarquiller les yeux. Les screams étouffés, les arrangements qui s’entrechoquent dans un fracas apocalyptique : vous êtes bien sur le nouveau Slipknot. Et quelle hargne ! Impossible de ne pas saluer l’énergie, même si on reste loin du déluge d’agressivité de l’album Iowa, qui reste et restera une des plus belles pièces de leur discographie.

Certains reprocheront pourtant le côté caricatural des lyrics, le manque de fond, comme drainé de toute substance. Il est vrai que l’on est en droit de se poser quelques questions existentielles. À commencer par la suivante : que reste-t-il de ces mecs hargneux, masqués pour protester contre le culte de la personnalité des stars du rock ? Aujourd’hui, ils apposent le nom de l’un des leurs dans le titre d’un album. Quoi de plus personnel que ça ? Il est clair que les Slipknot d’il y a 15 ans ne sont plus les mêmes qu’aujourd’hui. Mais il ne fallait pas faire Bac +10 pour s’en rendre compte. On ne retrouve clairement pas chez eux la profondeur d’un groupe de métal qui excelle dans l’art de sublimer la névrose. Slipknot bourrine. Mais reconnaissons qu’ils bourrinent sacrément bien. Lorsque Corey Taylor monte dans les tours, délaissant son chant avant d’embrayer sur des cris dévastateurs, le feeling reste le même. Il prend aux tripes. The Negative One, Skeptic, ou encore l’excellente The Devil in I, les exemples en disent bien plus que les mots. Après ça, il nous est humainement impossible de prononcer l’heure du décès. Nous sommes en 2014, et Slipknot est bien vivant.

Slipknot TGC - VERDICT

Par Random Hero le

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