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Je ne serais pas objectif. Comment l’être à propos d’un groupe qui a déchainé les passions durant plus d’un demi-siècle ? Pink Floyd n’est pas seulement l’un des membres fondateurs d’une scène rock qui appartient à un autre temps. Ils ont façonné et influencé le monde de la musique à un tel degré, qu’il est aujourd’hui impossible d’en prendre la pleine mesure. Terre sainte de la scène psychédélique, berceau des premiers échos de l’électronique, et source de quelques chefs-d’œuvre intemporels. Voilà un palmarès qu’il est humainement impossible de conclure dignement. 20 ans après The Divion Bell, The Endless River partait forcément sur un constat d’échec. Fruit du travail de David Gilmour et Nick Mason, ce nouvel album fait de sessions d’enregistrements d’il y a 20 ans est une déception qui était courue d’avance.

Il y a cependant longtemps qu’un album « raté » ne nous avait plus mis sur les rotules de la sorte. Voilà à quoi on reconnait un groupe de légende : même la pièce la plus minable de leur discographie est capable de vous mettre en émoi du début à la fin. Oui, The Endless River n’est rien de plus que le rafistolage de deux mecs de 70 balais, qui se sont éclatés à recoller quelques morceaux de leur discographie perdue. Un peu comme vous répareriez un vieux Dax dans votre garage. Quelle que soit la dose de dégrippant, de polish et de peinture fraiche appliquée, vous aurez toujours cette fâcheuse impression de rouler sur une machine qui a deux décennies au compteur. Elle n’est plus de ce temps. Mais est-ce pour autant une raison valable pour la laisser décrépir à la casse, loin de tous les regards ? Certains y voient de mauvaises raisons. Un ultime prétexte pour capitaliser sur la franchise Pink Floyd. Et dans un sens, Gilmour et Mason ne s’y seraient pas trompées, puisque Endless River a explosé le record de précommandes sur Amazon.

Mais comprenez ces deux types : quand on a un trésor dans son tiroir, on ne l’emporte pas jusque dans sa tombe. The Endless River n’est rien de plus que le disque instrumental du double album The Division Bell qui n’a jamais vu le jour, transformé 20 ans plus tard en chant du cygne d’un groupe de légende. Tout le problème est dans l’appellation. Bien sûr que David Gilmour et Nick Mason ne vont pas composer à eux deux la relève de The Dark Side of The Moon. Sans les lyrics de Roger Waters, sans la folie de Syd Barret, sans le génie au clavier d’un Richard Wright. Ils n’en ont ni la capacité, ni la prétention. The Endless River n’est rien de plus qu’un doux rembobinage qui n’invente rien. Un ultime adieu avec les moyens qui sont les leurs, et avec tout le talent qui coule dans leurs veines. Il y a encore quelques mois, évoquer la simple reformation temporaire du groupe relèverait de l’hérésie pure. De ce fait, les premières notes de Things Left Unsaid ne peuvent laisser indifférentes. Au-delà du sentiment envahissant d’attaquer l’ultime pièce de l’effort du groupe de toute une génération, c’est tout l’ADN Pink Floyd qui émane de nouveau. Même l’oreille profane pourra en déceler la signature si particulière.

Sur des archives au clavier du regretté Richard Wright, David Gilmour crache sans concessions des hectolitres de magie depuis les cordes de sa Fender. L’homme n’a pas volé son statut de légende. Il reste tout simplement un des meilleurs guitaristes qui soit, aux côtés des Hendrix et consorts. On ne peut rester complètement indifférents face à ça. Divisé en quatre chapitres distincts, les pistes s’enchainent d’une traite, entrecoupées de subtiles transitions qui cassent toute notion de ruptures entre les morceaux. Véritable temps fort, l’enchainement final de Surfacing, Louder Than Words (la seule track chantée) jusqu’à Nervana est une tuerie absolue. Que le critique anglais qui a qualifié ça de musique d’ascenseur aille se pendre. Et qu’il me présente son lieu de travail avant ça. Car une chose est sûre : ce mec ne doit vraiment pas fréquenter les mêmes ascenseurs que vous et moi. La vraie question reste la suivante : avait-on vraiment besoin de ce dernier écho ? Pour beaucoup, le deuil était déjà fait, et cet ultime souffle n’apportera rien de plus. Si ce n’est la satisfaction d’avoir pu entendre du Pink Floyd. Et ce, pour la toute dernière fois.

Pink Floyd - VERDICT

Par Random Hero le

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