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À première vue, on serait tenté de se demander ce que peut bien foutre un nouvel album de The Prodigy au beau milieu de l’année 2015. Liam Howlett et sa bande sont des anachronismes. Sur le papier, ils n’ont d’ailleurs plus rien à apporter, mis à part une danse joviale sur les braises humides d’un feu qui s’est consumé il y a bien longtemps, dans une autre vie. Vers la fin des années 90 plus précisément, période ultra fertile pour la scène rave britannique. Aujourd’hui, le « Big Beat » anglais arrache un énième mouvement de résistance. S’il y a bien longtemps que l’on n’attend plus rien de Fatboy Slim (mis à part quelques best of, et éventuellement un misérable EP qui n’attend que de se faire piétiner par Calvin Harris), le retour prochain de Chemical Brothers ravive une flamme que l’on pensait éteinte.

Liam Howlett l’a bien compris : il n’existe pas de monde dans lequel il n’y aurait pas de place pour les contre-temps incendiaires, les fosses déchainées, et les riffs assassins. Peu importe le lieu ou l’époque, l’énergie reste la même. Elle est primitive, à l’épreuve du temps et diablement contagieuse. Personne ne pourra nier ce culte de l’efficacité, et ce monument à la transe tourmentée que représente The Day is My Enemy. Le sixième album du groupe, en près de 23 ans d’existence. Une galette très attendue, sur laquelle plane l’ombre massive de la scène underground 90’s, qui doit probablement s’étouffer (à juste titre) dans le « c’était mieux avant ». Certes. Mais on retrouve toujours dans l’ADN du trio ce besoin viscéral de briser les frontières des genres, en allant piocher allègrement dans les musiques hard : du hardcore, de l’indus, mais aussi du rock alternatif, le tout maladroitement enveloppé dans un habillage électronique sensé donner un semblant de cohérence à tout ce bordel. C’est précisément ce qui faisait des premiers albums une claque dans les dents, et aujourd’hui un défouloir pour ados décérébrés.

Je sais pas, je suis peut-être en train de tourner vieux jeu. Mais The Prodigy semble subir le même destin que les plus grands groupes de l’histoire du heavy : ils sont là, quelque part, coincés dans l’impressionnant sillage de ce qu’ils ont eux-mêmes engendré des années plus tôt. Incapables de prendre une direction artistique qui pourrait potentiellement heurter des dizaines de milliers de fans de la première heure. C’est moche à dire, mais Liam Howlett apparait comme l’otage de sa propre musique. Bien entendu, ça ne veut pas dire que ladite musique est à gerber par tous les orifices. Simplement qu’à ce stade des choses, on peut pratiquement se faire une raison : The Prodigy n’est plus le groupe qui va prendre toutes vos jolies habitudes musicales, leur chier copieusement dans le gosier, et vous les renvoyer à la gueule dans un déferlement innommable qui va probablement vous marquer à vie. Pour faire simple : The Prodigy n’est plus le groupe qui va vous surprendre. Il faut se faire une raison, cet album aurait aisément pu sortir il y a 6 ans. C’est probablement ce qu’un fan de Prodigy aurait fait, en se servant de tout ce qu’il avait entendu du groupe jusqu’ici, sans oser dénaturer ce propos si précieux. Or, il me semble que la remise en question est une composante essentielle de toute carrière artistique. Merde, c’est probablement ce qui a poussé la bande à lâcher son tout premier album : une remise en question brutale de la scène rave, qui bouleversait tous les codes, mélangeait les genres, repoussant les frontières pour des générations à venir.

Sorti en 1992, Experience est un morceau d’histoire. Il est clair que le groupe a fait du chemin depuis cet album culte. Moins de Rave old-school, plus de punk : comme en témoigne une fois de plus ce nouveau cru, qui s’inscrit clairement dans la veine d’un Invaders must Die. En clair, du défouloir primitif, une catharsis en bonne et due forme, et un énorme majeur levé à toute la scène EDM aussi lisse que le cul d’un nouveau-née. Un programme loin d’être désagréable, vous en conviendrez. On dit souvent que l’acceptation est le premier pas vers l’appréciation. C’est exactement la même chose pour cet album. Dans le fond, peut-on vraiment reprocher à Liam Howlett de continuer à faire sa musique comme il l’entend ? Que ce soit les breaks 8-bits rétro/arcade de The Day is My Enemy, ou bien l’aura anarchique dans Nasty, qui trône fièrement dans un nuage de poussière, l’efficacité reste au rendez-vous. Impossible de ne pas évoquer le très barré Wild Frontier, avec ses hurlements de singes et ses riffs au vitriol. Même constat pour l’incroyable Roadblox, ou bien la justement nommée Destroy. Autant de titres qui prouvent que The Prodigy a toujours une place de choix sur la scène musicale actuelle. Elle a juste perdu sa longueur d’avance.

Prodigy TDIME - VERDICT

Par Random Hero le

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