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Syro, de Aphex Twin

Menthe à l'eau

Avant de commencer, il est bon de rappeler à nos chers lecteurs que la hype est bien souvent une pute à double tranchant. Difficile d’être objectif lorsque l’on parle de Richard D James, le chevalier blanc à la crinière rouquine de l’électronique underground, l’artisan de l’analogique, le génie aux tracks imprononçables et aux alias dont lui seul a le secret. Tu as peut-être récemment entendu son travail sous le pseudonyme de Caustic Window. Pas la fleur de sa discographie, tu en conviendras, mais une déclaration phonique d’excellente facture. Surtout compte tenu du fait qu’il ne s’agisse que d’un fond de tiroir, de matos datant majoritairement de la fin des années 90. Il est d’ailleurs de notoriété publique que Aphex Twin possède dans ses archives de quoi faire tenir une armée de hipsters barbus jusqu’à leurs 40 ans. En grattant bien, on pourrait presque trouver une discographie alternative, qui n’a encore jamais vu le jour.

Après 13 années de silence, un zeppelin au dessus de Londres, et une promo millimétrée sous le joug de Warp Record, on était d’entrée de jeu obligé d’aduler le retour du fils prodigue. T’aimes pas le nouveau Aphex ? Et si t’allais t’acheter une dégaine, juste pour voir ? L’effervescence de nos chers réseaux sociaux n’ayant pas aidée, on s’est retrouvé à devoir déguster tant bien que mal les nouvelles péripéties de cher Richard par tous les orifices. Les éloges, les moments de prosternations interminables… Le casque sur les oreilles, une main en l’air, la deuxième dans le froc, et en avant Guingamp ! La branlette générale était inévitable. Mais passé ces effluves de fluides en tout genre, que reste-t-il vraiment de ce Syro ? De belles choses, c’est indéniable. Mais pas vraiment plus que ça. Oui, Aphex Twin est résolument un artiste à part entière. Il n’appartient à aucun genre, aucun mouvement. Il est son unique gourou, traçant son propre sillage sans rechigner. Il est ce que 95% des mecs là dehors n’arriveront jamais, ne serait-ce qu’à prétendre égaler. Et ça s’entend dans cette musique. Patte sonore unique, reconnaissable, artisanale, qui ne répond à aucun code spécifique.

En ce sens, Syro est une production qui tranche quoi qu’il arrive, radicalement avec le paysage audio actuel. Mais on pourrait dire de même sur toute la discographie de son géniteur. Toi lecteur chanceux, qui est vierge de toute l’œuvre de Richard D James, je t’envie avec la plus grande des sincérités. Car le vrai ennemi de ce nouvel album reste avant tout les nombreuses pièces qui lui ont précédé. Minipops 67, autoproclamé lead-single balancé aux masses dans le seul but d’appâter le chaland, reste une belle caricature qui condense plus ou moins Aphex en près de 4 minutes 40. Altérations de voix, groove d’un autre monde, pulsations en tous genres, textures analogiques qui s’enchevêtrent. On a l’impression d’être face à une horde de vieux synthés en pleine partie de saute-mouton. Au-delà de cette fâcheuse impression de déguster la fin des années 90 fraichement sortie du micro-ondes, la track s’avère néanmoins excellente. Elle est même scandaleusement bonne. Et c’est là que l’on reconnait les vrais de vrais. Ils peuvent t’arnaquer en toute impunité, on en réclamera toujours plus.

Du haut de ses 10 minutes, XMAS_EVET10 est elle aussi une bonne surprise, qui brasse dans un flow continu les influences ambiantes crasseuses que APX aime tant. PAPAT4 est également un arrêt notoire, sucré, hypnotisant, obsédant. s950tx16wasr10 délivre une stase tribale sacrément perdue, avant que les pianos de Aisatsana viennent conclure l’album, option soundtrack de Silent Hill en complément. Rien de bien nouveau me répondront les habitués de la maison. Et ils n’auront surement pas tort. C’est d’ailleurs ce côté réchauffé qui a fait s’élever pas mal de voix sur la toile, des fans de la première heure déçus, outragés par ce nouvel album. Le disque de trop, blablabla. Vous connaissez le discours. C’est ça tout le problème avec des mecs comme Aphex Twin, ou les Daft Punk d’outre mesure : il n’y a jamais de juste milieu. À écouter la plèbe, c’est soit l’extase la plus totale, soit un truc minable à vilipender sur la place publique, avant d’attaquer la seconde partie avec de gros cailloux. Bah vous savez quoi ? Notre Syro à nous est juste comme il faut. Il est frais, il passe à toutes les heures de la journée, et après une disette de presque l’âge de ton petit frère : il est plus rafraichissant que jamais.

Aphex Twin Syro - VERDICT

Par Random Hero le

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