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La techno n’a pas encore fini de gratter les bas-fonds humides de ses coins les plus reculés. À l’heure où des types comme Gesaffelstein transcendent la hype à grand renfort de kicks haute couture cliniquement irréprochables, d’autres s’accrochent à leurs racines, évoluant dans l’ombre d’une musique rugueuse, analogique, et volontairement crade. Une expérimentation urbaine, atmosphérique et diablement magnétique, que l’architecte de formation David Lettelier a su dompter au fil des années passées à l’ombre du label berlinois Raster-Noton. Un nom qui n’est pas inconnu des habitués de la scène, et qui vient encore de frapper là où ça fait mal.

On pourrait croire que Kangding Ray a définitivement éteint la lumière depuis son album OR. Plongé dans la pénombre d’une électronique un brin claustro, le Breton exilé à Berlin construit toujours ses tracks avec une froide minutie. D’abord un bruit résiduel, un son imparfait, puis une mélodie, un assemblage, un kick rave ou deux, et enfin l’envol. Plus que jamais chez Lettelier, le son est une matière. Le résultat d’un assemblage d’ondes malléables, dont la musicalité n’apparait qu’après de longues heures d’affinage. Concrètement, ça n’empêche pourtant pas ces 12 nouvelles tracks de se faire descendante d’un héritage techno / sale, déjà entendu mainte et mainte fois. Comme une sorte de Emptyset en moins brutal, Kangding Ray évolue dans des strates qui ne laissent que bien peu de place à la lumière.

De l’aveu même de son géniteur, Solens Arc fait écho à la trajectoire parabolique d’un missile tiré sans cible. En choisissant d’appliquer à son œuvre la métaphore d’un objet en vol, Lettelier insuffle volontairement une aura insaisissable à son disque. L’image est tout sauf innocente, dépeignant une succession de moments sur le vif, qui plongent dans l’éternité d’une nuit sans fin. De manière assez incroyable, l’artiste réussit à faire passer une émotion universelle et compréhensible juste par la simple expression de sa musique, alors qu’elle reste pratiquement inexplicable sur le papier. En témoigne la misérable tentative de ce paragraphe de coller des mots sur la tonalité. La proposition artistique est pourtant bel et bien là, palpable, et loin d’être inintéressante. Bien qu’en fin du compte, il s’agisse toujours de s’inonder les neurones avec une techno / IDM pourvue d’une rare pesanteur, mais d’excellente facture.

Solens Arc a au moins le mérite de distiller tout un lot de subtilités qui sont loin de laisser indifférent, et que l’on n’entendra pas deux fois. En témoignent les très efficaces Serendipity March et Amber Decay, issue toute deux des sessions intensives de torture pratiquées par Lettelier envers ses instruments. On penserait presque à une version plus aérienne des tracks de Noisia, avant Split the Atom. C’est citadin, mécanique, presque industriel. Ça transpire la rouille et la boue congelée, c’est imbibé de sueur et de cyprine séchée collée aux cuisses. C’est du lendemain de rave, qui ne se contente pas d’asséner une légion de kicks assassins dans la simple optique de malmener la foule bien sappée d’un club tendance, comme le ferait un Gesa de manière assez condescendante. C’est plus de la techno cloisonnée entre 4 murs. La proposition n’est pas si nouvelle, mais l’alternative reste largement préférable à la propension actuelle de faire du genre un repaire de petites connasses friquées, aux cloisons nasales embourbées par un rail de trop.

Kangding Ray Solens Arc - VERDICT

Par Random Hero le

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