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Run The Jewels 2 est une purge. Un décapant musical qui balaie d’une traite le hip-hop mainstream, populaire, façonné pour satisfaire les ondes radiophoniques. L’album ne vous invite pas poliment à entrer dans l’univers de Killer Mike et El-P. Il dégaine dès les premières secondes les grosses basses, les grosses punchlines, les gros couplets, laissant en bord de piste tous ceux qui n’étaient pas prêts à se prendre une vraie tarte dans la gueule.

Killer Mike et El-P viennent de réaliser un coup double : assurer la transition d’une mixtape à succès vers un album, et (surtout) faire en sorte que cet album soit aussi bon – si ce n’est meilleur – que leur précédente collaboration. Sans jamais perdre de vue ce qui fait la force du duo, les deux rappeurs parviennent à associer des phases d’égo-trip puissantes, parfaitement calibrées, à des titres plus conscients, sans ne jamais laisser leur plume faiblir. Concrètement, Killer Mike et El-P sont aussi bons lorsqu’il s’agit de vanter leur talent, que lorsqu’il s’agit de dénoncer les débordements policiers dans le sublime Early. C’est d’ailleurs assez incroyable de voir la facilité avec laquelle le duo fait le grand écart, sans que cela ne paraisse jamais forcé, tout en gardant un niveau d’exécution qui file le vertige. Il suffit d’écouter l’insolent Blockbuster Night Pt 1 pour se rendre compte à quel point Killer Mike liquide bon nombre de ses contemporains en un seul couplet : « This Run The Jewels murder, mayhem, melodic music / Psychotics use it then lose it, Junkies simply abuse it ».

Le constat est le même sur Lie, Cheat, Steal : l’un des meilleurs titres de l’album qui s’achève sur une démonstration infaillible du rappeur, s’interrogeant ironiquement sur les véritables personnes qui tirent les ficelles. Et ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres. Une nouvelle preuve que le manque d’estime que subit Killer Mike n’entache en rien ses qualités d’écriture. Bien au contraire. Celui qui souffre le plus au final sur cet album, c’est El-P, contraint de tenir la cadence, en plus de devoir assurer l’entière production de l’album. Il se dit parfois qu’au contact du talent, on ressent la nécessité de se surpasser. Killer Mike n’éclipse jamais El-P, il le tire vers le haut, le poussant à débiter quelques pépites comme « You want a whore in a white dress / I want a wife with a thong » sur le non moins bon Angel Duster. Touché !

Foutrement bien écrit, Run The Jewels 2 transpire aussi la violence, avec ses productions assourdissantes qu’on vous déconseille d’écouter un lendemain de soirée trop arrosée. La direction artistique est logique, sans jamais être barbante. Il y a même une alchimie qui se dégage entre les prestations des deux rappeurs et des productions. Certes, on pourrait reprocher à El-P une certaine redondance rythmique, ou encore des basses utilisées à outrance. Mais ce serait renier l’une des marques de fabrique du groupe. L’inutilité des gants et autres pincettes n’a d’égal que leur capacité à se dépasser. Run The Jewels 2 ne donne jamais l’impression que les deux rappeurs se sont reposés sur leurs lauriers. Mieux, il ne se passe pas un seul instant sans que l’on se dise que le duo mouille le maillot comme jamais.

Run the Jewels - VERDICT

Par Sholid le

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