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Requiem, de Lino

Suicide Commercial

Il aura suffit d’une punchline pour faire de Lino le Jean Paul Sartre du hip-hop français. L’auteur français considérait que l’intellectuel se devait d’être engagé sur le plan politique, quitte à faire fausse route. L’important, c’est de ne pas être impassible, insensible, mais d’être historique. « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? », voilà ce que déclarait la moitié d’Arsenik dans Boxe Avec Les Mots. Lino n’a jamais failli a son crédo en plus de vingt ans de carrière. Et son second album solo n’échappe pas à la règle.

Ils sont nombreux à regretter la dimension contestataire du rap, ce courant musical qui ne se contente pas d’appuyer ses formes rythmiques sur des onomatopées ou des gimmicks. Mais combien sont-ils à soutenir ces artistes qui se refusent à tomber dans une facilité médiocre ? Il suffit de comparer les chiffres de vente d’artistes comme Disiz, IAM ou Oxmo Puccino à ceux de Jul et Black M pour se rendre compte que la parole n’accompagne pas forcément le geste. Lino appartient à cette catégorie d’artistes qui ont la plume aigrie, et à juste titre (« Y’a les génies, les escrocs. Moi j’suis un escroc d’génie. » – Wolfgang). Du coup, un bon exercice de style est toujours le meilleur moyen de remettre les pendules à l’heure. Sur 12ème Lettre, Lino expose vertigineusement sa passion pour l’allitération unique. Si la forme prend irrémédiablement le pas sur le fond, la démonstration est un véritable délice. Les meilleurs titres de Requiem s’écoutent attentivement et ne se livrent clairement pas dès le premier rendez-vous.

Le rap de Lino est réfléchi, très souvent virulent et ne prend jamais l’auditeur pour un tas de merde, tout juste bon à comprendre un double sens en fin de couplet. La production a beau être irrégulière et manquer de variété, Requiem crache ses poumons, son mépris et sa colère. C’est tellement généreux qu’il en devient difficile d’émettre un avis négatif, parce que l’envie de glorifier un travail honnête est plus puissante que les quelques critiques qu’on pourrait lui accorder. Le principal problème avec Requiem, c’est que l’album dénonce explicitement les dérives musicales dans lesquelles il tombe indirectement à quelques reprises. Tout le monde s’accordera pour vanter les qualités d’écriture de Lino, c’est l’une de ses plus grandes forces. Sur le terrible Suicide Commercial, le rappeur déclare : « Ils font les macs, la bite à Bouneau c’est une clé USB ». En moquant le directeur des programmes de Skyrock, le rappeur s’attaque aussi à ses confrères prêts à plier genoux pour une diffusion en masse sur la radio française. Le sujet est aussi abordé sur le très bon Ne m’appelle plus rappeur, sur lequel on retrouve également son frère Calbo, l’autre moitié du groupe Arsenik.

Concrètement, la production musicale actuelle est décevante, car insipide. Ce que le rap a gagné en popularité, il l’a perdu en crédibilité. Coup d’œil rapide à la tracklist de l’album : on retrouve Youssoupha et Zaho sur le titre 7 milliards sous le même ciel et Corneille sur Bruleur de frontières. Vous saisissez l’ironie de la chose ? Le suicide commercial, il n’existe pas sur ces titres. Ils sont justement parfaitement taillés pour une diffusion massive sur les ondes. Et vous savez quoi ? On veut bien lui pardonner cet écart de conduite à Lino. Requiem souffre d’un syndrome de longueur aigüe. L’album aurait gagné à perdre quelque titre sur les dix-sept qui le compose. Le problème, c’est d’enchaîner des claques comme Wolfgang et 12ème Lettre avec des demi-molles accompagnées par quelques accords d’une guitare acoustique. En plus d’être parfaitement convenu, ça rends le projet quelque peu inconsistant. Dommage, car dans le fond, Requiem a tout de même plus à offrir que de la bienséance.

Lino - VERDICT

Par Sholid le

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