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Montée en puissance. Les guitares démarrent, les amplis se mettent à raisonner, les projecteurs se braquent. Au centre, les deux robots plus brillants que jamais se sont mis sur leur 31, portant d’une voix digitale un message clair: « Let the music of your life, give life back to music ». Extirpés de l’ordinateur de Kevin Flynn, les Daft Punk prennent un nouveau chemin dans leur quête vitale vers l’humanité. Cédant pleinement aux pulsions disco et funk qui reposaient depuis toujours au fin fond de leurs circuits, les deux humanoïdes mondialement connu injectent finalement un instrument essentiel à leur recette : un brin de Soul music.

8 ans après l’aveu Human After All, Thomas Bangalter & Guy-Manuel de Homem-Christo puisent dans les cartes postales insouciantes du passé pour nous délivrer un album chargé d’émotions qui en décevra cependant beaucoup. Une page qui se tourne sous forme d’une ode dédiée à ce qui fait de nous tous des humains. Age de raison ou fin du voyage, Random Access Memories sonne pour les deux robots une remise en question traduite par une recherche identitaire sans précédents. Après avoir régné en maitres du haut de leur pyramide sur la scène électronique mondiale, transcendant les foules à grands renforts de vocoder et synthés rétro-futuristes sur des One More Time, Robot Rock, et autre Technologic, les Daft Punk font tomber le masque avec cet album plus intime, plus humain, qui entend bien explorer dans le passé pour réécrire l’avenir.

Coucher de soleil façon Top Gun, silhouettes enjouées, Pharell Williams qui joue avec ses cordes vocales aux cotés d’un Nile Rodgers qui grattes celles de sa guitare, affublé d’une insouciance à toute épreuve: la carte postale Get Lucky reflète cette fausse idée d’imposture totale du bonheur. Une jaquette factice qui vend un état d’esprit aujourd’hui voué à appartenir aux albums de photos souvenir. Mais en décrochant de cette réalité morne, Daft Punk ouvre la voie vers le rêve, scandant aux travers certains thèmes hautement clichés une volonté d’injecter à tous une dose d’endorphine qu’on associe bien volontiers à ces époques révolues (mais vectrices de fantasmes indélébiles) que sont les 60’s, les 70’s, et enfin l’incontournable funk des 80’s.

Sans tomber dans la caricature, le duo impose ici via de nombreuses track – aussi sobrement que sublimement produites – une alternative crédible, porte de sortie faussement niaise d’un quotidien qui manque cruellement de groove. Pour cela, les robots ont dégainé leur plus beau chéquier pour s’entourer de fortes personnalités, qui ont tour à tour plus ou moins fait évoluer les mentalités de leurs époques et de leurs genres respectifs. L’âme et de l’histoire d’une légende du disco est à l’honneur dans Giorgio by Moroder, une symphonie de 9 minutes sublimement guidée par la voix cassée de l’italien de 73ans, qui narre sa philosophie au rythme d’une construction scrupuleuse, résultat d’un travail d’orfèvre qui allie montées de synthés à la Tron Legacy, orchestre gigantesque, violons enivrants, et sonorités jazz dans une seule et même piste à la finition réellement parfaite.

La suite ne démérite pas. Du Within porté par les partitions piano signées le génie fou Chilly Gonzales, enveloppant comme dans un cocon la complainte amoureuse et touchante des robots. En passant par l’Instant Crush avec Julian Casablanca des Strokes, qui prête sa voix au jeu de la distorsion digitale dans ce titre cosmique qui flotte comme en apesanteur du dessus de l’album. Sans oublié l’ultra solide Touch qui distille pendant 8 minutes la voix de Paul Williams au sein d’une profusion d’effets mystiques. Plus problématique, l’ode disco Loose Yourself to Dance avec Pharell Williams, fini rapidement par tourner en rond. C’est la fausse note avec Get Lucky. Le genre de titres à la construction radio-ready ultra simpliste qui se consume au fil des écoutes. Plus tu l’entend, plus elle te gave. Mais bon, il faut bien comprendre, visiblement même les robots ont besoin de manger…

En prenant le risque de s’éloigner de leur genre de prédilection, le duo s’expose à une production qui résonnera très certainement comme une déception colossale aux oreilles certains amoureux d’électro pur jus, qui se sentiront fatalement trahis. Pire, ceux qui s’attendaient à des titres killers prêts à remplir les stades trouveront ça affreusement chiant. Testament évident de la fin d’une aire: les Daft Punk ne feront pas de tournées, ne laissant d’autre choix à ceux qui réclamait du Daft d’époque de se replonger dans leur discographie. Un hommage funk pour les uns, qui sonnera comme un simple dommage pour les autres.

Pourtant, la touche Daft Punk est heureusement loin d’avoir disparue. Elle a juste pris un peu plus de recul, mesurant chacune de ses interventions, renforçant toujours plus son impact au fil du déroulement de la cassette. Dans l’excellent Doin’ it right, la vocalise robotique d’un Digital Love se superpose à la voix grave et résonnante de Panda Bear. Toujours dans le même registre, Beyond et The Game of Love s’imposent comme deux balades nocturnes, lancinantes, et finalement touchantes. De son côté, le lumineux Motherboard propose une instrumentale aérienne tout simplement parfaite. Final exceptionnel, Contact associe des communications de la NASA à une instrumentale grandiose, allégorie parfaite du décollage du vaisseau des Daft Punk, quittant la terre pour mieux se rapprocher des étoiles. Pièce unique dans l’héritage musical des deux humanoïdes, Random Access Memories sonne le face à face final entre les Daft Punk et leur propre humanité. On aurait pu le dire mou, chiant, ou encore le recracher par tous les orifices, après nombres d’écoutes il n’en est rien. RAM distille un doux parfum d’innocence via une mise en scène de l’humanité dans tout ce qu’elle a de plus pur, de plus beau, de plus attachant. Même en pensant fermement que nous vivons dans un monde corrompu, et que le rêve est voué à être illusoire, RAM nous donne qu’une seule envie: y croire. Encore, et toujours.

Daft Punk RAM - VERDICT

Par Yox le

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