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PRhyme, de Royce Da 5’9 & DJ Premier

Les premiers seront les premiers

Royce Da 5’9 et DJ Premier qui s’associent sur un EP, c’est une combinaison aussi naturelle que Common et No I.D, Jay-Z et Just Blaze, Kanye West et lui-même. Bref, le genre de réunion sur laquelle on serait prêt à appliquer le label « À écouter d’urgence » avant même d’avoir fait tourner la galette. Deux noms, deux poids lourds du hip-hop qui cristallisent leur collaboration douze ans après Rock City, en formant le groupe PRhyme. Ça ne peut que faire du bruit.

Dans le monde de la création, il parait que la contrainte est parfois un mal pour un bien. Dos au mur, forcé à donner le meilleur de soi-même en s’appuyant sur ses qualités premières, sans céder à la tentation des artifices. Lorsqu’il annonce s’appuyer uniquement sur les compositions musicales du musicien méconnu Adrian Younge, DJ Premier affirme vouloir relever un nouveau défi plutôt que se reposer sur ses acquis. Chose qui lui réussit encore de temps à autre. Maintenant, imaginez les productions qualifiées de psychédéliques d’un musicien réputé, remaniées et scratchées par un DJ légendaire, et vous obtenez le son unique qui se dégage de PRhyme. Pour un acteur majeur du hip-hop depuis presque trente ans, ça force le respect. Les mauvaises langues diront que ses beats ne marqueront jamais autant que son travail effectué sur Illmatic de Nas ou encore au sein du groupe Gang Starr. Et elles n’auront pas tort. Mais elles se délecteront aussi d’écouter un projet majeur, délaissé de bout en bout de toutes les habitudes horripilantes des beats lessivés et corrompus par des mecs comme DJ Mustard.

Même Ab-Soul le dit sur Dat Sound Good : « I’m sick of hip hop ». La prescription de DJ Premier soigne les maux comme le ferait une boite d’aspirine un lendemain de cuite : à coup de scratchs bien placés, à coup de samples, à coup de bon son. Il n’y a pas de remède miracle, juste une ordonnance efficace qui fait juste ce qu’on lui demande. C’est dans ce sens qu’on pourrait aisément reprocher d’être au duo d’être un brin trop sage. De manquer d’audace et de ne pas défoncer proprement des millions de tympans, plutôt que de se contenter de les caresser dans le sens du poil. Seul Wishin semble lancer l’EP sur cette piste, le temps d’une production à deux rythmes qui laisse immédiatement son emprunte. Avec un titre comme PRhyme, il fallait s’attendre à ce que les bars pleuvent comme les larmes le long des joues de nombreux rappeurs en devenir. Non seulement Royce Da 5’9 affirme sa suprématie avec arrogance (« Motherfuckers can’t rhyme no more » sur Wishin) mais chaque invité de l’EP brille au contact du duo.

Entre Ab-Soul et Mac Miller qui mettent à feu et à sang le titre Dat Sound Good, Common qui apporte la sagesse et la hargne de Chicago sur Wishin, Dwele qui trouve naturellement sa place sur You Should Know et Jay Electronica qui revient annuellement d’entre les morts sur To Me, To You : les collaborations imposent claque sur claque, sans que personne ne reste sur le bas-côté de la route. Sur Underground Kingz, Royce et DJ Premier ont convié deux géniteurs de talent qui ont pondu deux des meilleurs albums de l’année en la personne de Schoolboy Q (Oxymoron) et Killer Mike (Run The Jewels 2). Le résultat ? Trois couplets féroces, dévastateurs pour l’un des tout meilleurs titres de l’année. Naturellement, le rappeur originaire de Détroit ne pouvait pas conclure cette ode aux beaux mots sans inviter son crew Slaughterhouse sur le moins marquant Microphone Preem. Disons qu’après l’ouragan Underground Kings, il était difficile de maintenir le niveau. Il faut moins d’une quarantaine de minutes à DJ Premier et Royce pour imposer une cohérence, tant sur le fond que sur la forme. C’est court, à la fois radin et tellement généreux dans la proposition musicale qu’il est difficile de ne pas succomber à un tel projet. Une déclaration d’amour à une certaine idée du hip-hop : celui qui s’exécute avec passion et raison.

PRhyme - VERDICT

Par Sholid le

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