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Au-delà du terrible choc émotionnel initial, la perte brusque d’un parent nous met également face à notre propre mortalité. C’est une page qui se tourne. Le rappel sordide de mère nature, qui vous indique que vous êtes le prochain sur sa liste noire. Cette dure réalité, Noah Benjamin Lennox se l’est prise de plein fouet lors de la mort de son père. Comme tout le monde dans le fond. Du haut de ses 36 ans, et après être lui-même devenu l’heureux papa de deux enfants, celui que vous connaissez mieux sous le pseudonyme de Panda Bear est visiblement entré dans une lourde période de questionnements, qui est petit à petit devenu le fil conducteur de ce quatrième album studio, justement intitulé Panda Bear Meets the Grim Reaper. Ou Panda Bear rencontre la faucheuse, dans la langue de ce bon vieux Molière.

Il y a quelque temps, Lennox racontait dans une interview à Spin Magazine son retour à l’appartement new-yorkais dans lequel il vivait il y a 10 ans, alors qu’il était au beau milieu de sa vingtaine. La fleur de l’âge. Comme tous ceux qui sont déjà retournés des années après sur les lieux de leur enfance, ou de leur adolescence, il y a vu une projection de lui-même plus jeune. Sans soucis, avec de l’ambition à revendre. Il y a aussi vu les fantômes d’une vie déjà vécue. D’une part de lui-même qu’il ne retrouvera jamais, consumée par les années sans même qu’il n’ai eu le temps de s’en rendre compte. Plus qu’un simple sentiment de nostalgie, Lennox s’est pris une claque. Et c’est précisément ce sentiment qui constitue l’un des gros thèmes de cet album, qui transpire jusque dans le moindre arrangement ce mélange de crainte, de bizarre, et d’excitation quant aux chapitres de sa propre vie qui lui restent à découvrir.

Le vrai talent de Panda Bear, c’est de laisser transparaitre cette émotion si particulière de manière presque immédiate, à la fois par ses paroles plus ou moins explicites, mais aussi par ses arrangements musicaux complexes, qui frappent systématiquement justes. Résonnants comme des échos du passé qui frappent à la porte de l’inconscient. On reconnait bien là le côté expérimental du membre fondateur d’Animal Collective. Ce nouvel album est une expérience. Un trip à part totalement assumé, qui parvient à créer son groove dans des sonorités qui oscillent entre le tordu et le stratosphérique. Un sacré bordel, où les multiples couches sonores s’entrechoquent joyeusement dans un vacarme sous psychotropes. Mentions spéciales à la très belle Lonely Wanderer, aux samples de sabres lasers sur Davy Jones Locker, ou encore aux oppressants hurlements de loups sur la mélodieuse Mr Noah, qui avait déjà été dévoilée plus tôt via un EP en fin d’année dernière.

Au-delà de la réflexion évidente sur la mort physique, The Grim Reaper évoque aussi une certaine mort artistique. De la bouche même de Lennox, cet album est un peu celui d’une certaine renaissance, qui porte un message d’espoir auquel on ne croyait franchement plus. Concrètement, on les loin de l’album Tomboy, enregistré dans les tréfonds d’une cave, et dont le résultat était éminemment plus sombre. Dans l’ensemble, les mélodies sortent ici plus naturellement. Prenez Crosswords, ou Boys Latin. Ces deux pistes coulent de source, faisant de The Grim Reaper une galette plus accessible. On reste cependant bien loin des sphères du mainstream. Qu’on se le dise, cette musique perdra facilement la moitié des auditeurs en route. Mais ceux qui s’y retrouvent pourront compter sur une pop expérimentale, qui s’éloigne par définition des sentiers battus. Une rencontre avec la faucheuse qui ne fait dans le fond qu’affirmer le talent de Noah, que ce soit en solo, ou bien avec ses camarades d’Animal Collective.

Panda Bear - VERDICT

Par Yox le

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