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Sous le soleil assommant de Los Angeles, Schoolboy Q, l’élément le plus gangsta du Black Hippy Crew, livre un troisième album brutal, sans concessions, où les rares temps morts sont d’une sincérité poignante. Oxymoron, définit parfaitement la dualité qui ressort de l’univers du rappeur. D’un côté, l’artiste se livre avec un taux de pureté semblable à celui d’une bonne dose d’Oxy, de l’autre, il exhibe sans gène ses racines de gangster repenti. Et par la même occasion, il signe le premier album rap US incontournable de 2014.

Le grand public l’avait découvert en 2012, avec Habits & Contradictions, un excellent album qui a imposé Schoolboy Q comme l’un des rappeurs les plus prometteurs de sa génération. Naturellement, la suite était attendue au tournant. L’attente n’aura pas été veine puisqu’Oxymoron confirme tout le bien qu’on pense du rappeur de Los Angeles. Dans la grande tradition du gangsta rap, il existe deux écoles bien distinctes. D’un côté, l’ancienne génération se contente de recycler la recette des vieux classiques, tentant désespérément de retrouver la gloire d’antan, en vain. De l’autre, il y a la nouvelle génération, portée par le label TDE, qui réunit les MC les plus créatifs du paysage urbain, dont Schoolboy Q.

Oxymoron parvient à lier ces deux bords en proposant une approche traditionnelle du gangsta rap, avec des thèmes violents (et une représentation de la femme qui ne réconciliera pas les féministes avec les penchants les plus hardcores du genre), tout en dégageant une fraicheur qui nous pousse à violer le bouton replay sur la quasi-totalité des titres. Schoolboy Q a la hargne, aussi bien dans son phrasé, que dans son flow, son débit, ou encore les répétitions martelées régulièrement. On sent immédiatement que le monsieur a du vécu, et surtout, qu’il a des choses à raconter comme en témoigne le terrible Hoover Street sur lequel le rappeur se livre sur les déboires de son oncle, qui ne cesse de l’entrainer dans des coups foireux. C’est ce qu’on appelle dans le jargon un excellent storytelling.

Narrateur hors pair, le rappeur l’est aussi sur Prescription – Oxymoron, surement le titre le plus aboutit de l’album, qui n’est pas sans rappeler Sing About Me, I’m Dying Of Thirst de son compère Kendrick Lamar. Sur ce titre, le rappeur se livre dans son intégralité et se confie sur son passé de drug-addict (« I cry when nothing’s wrong / I’m mad when peace is involved / My senses harmed »), mais aussi sur celui de dealer, pas toujours guidé par de bonnes intentions. Après tout, l’enfer en est pavé. Et sur le poignant Hell Of A Night, le rappeur nous montre qu’il a déjà foulé ces pavés à de nombreuses reprises. Ce sont les deux faces de l’Oxymore, les deux côtés d’un album, les deux côtés d’une personnalité. C’est de l’égo trip, contrebalancé par des confessions poignantes d’une vie qui suffirait à traumatiser le commun des mortels. Et c’est exactement ce qu’Oxymoron essaie de nous faire ressentir du début à la fin.

S’il est créatif, Schoolboy Q n’est pas pour autant novateur. Il n’a pas inventé la poudre, mais il se contente de l’utiliser mieux que personne. Ce qu’il entreprend, il le fait bien, notamment lorsqu’il se lance dans l’introduction de son album, Gangsta Gangsta, véritable hommage au titre de N.W.A. Mais le rappeur est aussi un Papa Papa, qui n’hésite pas à faire appel à la voix de sa fille sur plusieurs titres et même sur la pochette de son album. Que dire de plus ? Comme si cela ne suffisait pas, Schoolboy Q s’est bien entouré, avec des rappeurs qui font des apparitions de qualité. Jay Rock est toujours au top sur Los Awesome, Kendrick Lamar n’a tellement plus rien à prouver qu’il rappe en espagnol sur Collard Greens, Raekwon et Kurupt déversent leurs flows inimitables tandis que BJ The Chicago Kid nous bercerait presque avec sa voix angélique sur Studio.

Les productions ne feront pas toujours l’unanimité, et c’est peut-être ce qui empêchera Oxymoron de tutoyer les sommets de Good Kid, m.A.A.d City. On pense notamment à la production de Pharell sur Los Awesome et celle du jeune Mike Will Made It sur What They Want qui se révèlent être assez banales. S’il ne manque pas de bons titres, on déplore cependant l’absence d’un son fédérateur comme Hands on Wheels l’a été sur Habits & Contradictions. L’excellent Man Of The Year (« Bruh, I see girls everywhere / Titty, ass, hands in the air, it’s a party over here / Shake it for the man of the year”) aurait pu s’en charger, mais il faudra sûrement se contenter de bouger inlassablement la tête de son côté, à défaut de l’entendre fleurir sur les ondes.

Schoolboy Q - VERDICT

Par Sholid le

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