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Magnifique, de Ratatat

Fin de soirée

Il est trois heures du mat. Les bouteilles sont aux trois quarts vides, la moitié de la plèbe est partie, l’appartement est retourné, et les jeux de cartes traditionnels ont pris le pas sur les jeux d’alcool. Il ne reste plus que les vrais. Plus personne n’a la force de se battre pour la musique. Il faut quelque chose de propre, d’efficace et de posé qui mettent tous les survivants sur la même longueur d’onde. C’est précisément là que Ratatat rentre en jeux. En presque 15 ans de carrière, Mike Strout et Evan Mast se sont trouvé un don : celui de mettre tout le monde d’accord. De satisfaire les foules, de l’oreille la plus profane à la plus exigeante, sans ne jamais vexer personne. Une guitare, un synthé, et ce sont deux mondes qui se rencontrent au sein d’une partition millimétrée, parfaitement léchée, pleine de groove et de bons sentiments. Il suffit d’écouter trois notes de n’importe quel titre de la discographie du duo de Brooklyn pour reconnaitre la patte. Celle d’une entité qui ne ressemble à aucune autre, mais qui se perd peut-être un peu dans ses acquis.

On ne va pas se mentir, il reste humainement assez difficile de jeter la pierre à Ratatat. Supprimer un de leurs albums de votre bibliothèque iTunes, c’est un peu comme dire au mec le plus cool de votre bande d’aller définitivement se faire foutre. On a toujours besoin de valeurs sûres dans la vie. C’est-ce qui fait la différence entre une trouvaille de dernière minute qui prolonge la soirée dans la jouissance la plus totale, et un silence de mort qui achève les derniers participants. Inutile de chercher une quelconque forme de renouvellement. Magnifique est un album qui aurait pu sortir en 2006 sans que personne ne lève un sourcil. Dès les premières secondes de son intro, l’album avale d’une traite les cinq années qui le séparent du LP4. C’est un peu comme revenir des années après dans sa maison d’enfance, s’assoir à la même place, sentir l’odeur qui sort du four et dévorer la tarte aux pommes de votre enfance. Il y a du bon dans la nostalgie. Après tout, rien n’oblige un artiste à se renouveler album après album.

L’évolution n’est pas obligatoire, tout comme la remise en question facultative. Il y a néanmoins une limite fragile à ne jamais franchir : celle de la facilité. C’est pourtant aussi ce qui ressort de ce Magnifique, qui se repose bien souvent sur les acquis du duo. Sans dénaturer le sacro-saint groove si particulier, il y aurait peut-être eu d’autres pistes à explorer, se jouer de nouvelles subtilités plutôt que de se lover confortablement dans les mêmes mécaniques déjà bien huilées depuis maintenant presque 15 ans. C’est néanmoins ce qui fait partie du charme du duo : son côté easy-listening, son farniente ambiant, ou l’art de faire simple sans ne jamais être simpliste. C’est là tout le paradoxe de Magnifique. Son principal attrait est aussi son défaut le plus plombant. On continue sur sa lancée, sans faire de vague, sans faire de mal à personne. Certains y trouveront un côté trop lisse, déjà entendu. Pourtant, les lead-single savent se faire entendre, et font état d’une construction d’orfèvre dont le seul but est de vous faire relâcher la pression, tout en vous bombardant allègrement d’ondes positives.

Que ce soit Cream on Chrome ou Abrasive, riffs hippies et synthés rétros s’entremêlent à la perfection, donnant doucement naissance à un tout cohérent, entrainant, moderne et surtout diablement cool. C’est la formule Lex, Loud Pipes et Wildcat dans toute sa splendeur. Du classique instantané à l’image de l’excellente Nightclub Amnesia, qui propose une belle construction crescendo de 6min18, qui s’achève sur un climax que l’on est pas prêt d’oublier de si tôt. On vous épargnera la sempiternelle comparaison de Daft Punk à ses débuts, mais on y a pensé. Difficile également de ne pas noter le flirt entre les guitares et l’exotisme de la musique hawaïenne sur la douce Supreme. Les percutions énervées, les douces saturations, la drague du downtempo, les délicieuses envolées, les breaks anarchistes et les solos de guitare inversés qui vous aspirent dans un vortex psychédélique : voilà autant de choses que votre cerveau est conditionné à aimer jusqu’à la fin des temps. La formule est trouvée, sublimée. Il ne reste plus qu’à la transcender.

Ratatat Magnifique - VERDICT

Par Random Hero le

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