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Rap Machine, de Disiz

Bête de machine

Rap Machine s’ouvre sur une ligne bien connue de tous : Disiz pète les plombs. Disiz n’est désormais plus le seul à perdre sa femme, son gosse et son job. C’est pour cela qu’à l’aube de son dixième album, le rappeur originaire d’Evry continue de dresser le portrait d’une France en pleine désolation, qui ressemble de plus en plus à la Terre du Milieu qu’aux paysages de carte postale utilisés comme couverture. La morale est absente, l’humour est présent, la vérité est criante de bout en bout : Rap Machine est l’œuvre ambivalente d’un rappeur qui n’a pas perdu de sa pertinence malgré une discographie qui s’allonge au fil des ans. Et cette machine, elle est quand même sacrément bien huilée pour l’un des genres musicaux les plus prolifiques de notre époque.

Le parcours musical de Disiz est atypique. Dépité par des menaces personnelles et l’envie constante de dépasser le simple cadre du hip-hop, le rappeur avait signé avec l’excellent Disiz The End la fin de sa carrière de MC. Après une expérimentation électro-rock sous le nom de Peter Punk, Serigne Mbaye Gueye revenait à ses premiers amours avec la trilogie Lucide, synthétisant une certaine renaissance tant sur le fond que sur la forme. La productivité de Disiz n’a que très peu d’égaux. Rap Machine est donc son dixième album, soit quinze ans après la sortie de Poisson Rouge, son premier projet qui l’a révélé au grand public. Inutile de lui demander d’où il tire toute son inspiration. Il suffit d’écouter Rap Machine pour réaliser que le rappeur est un observateur obsédé par l’idée d’un monde meilleur, d’un monde plus juste. Cette contradiction entre ce rêve bien fondé et la réalité d’un état tout puissant est une source de colère. Un gouverment qui ne prendrait pas un malin plaisir à sonder les orifices de ses citoyens les plus défavorisés. Ainsi, Rap Machine n’est pas une œuvre fantasmagorique, mais celle d’un père de famille inquiet à l’idée que ses progénitures soient contraintes de vivre dans le même contexte désolant. La tonalité de l’album s’établira en trois temps : violente, touchante et drôle.

Ce trépied n’a rien d’inédit pour Disiz, c’est l’un des fondements de son univers musical qui lui aura un temps valu l’étiquette de rappeur comique, juste bon à amuser la galerie. Difficile de voir dans ce nouvel album un profond renouvellement. Néanmoins, le sujet est maîtrisé, au même titre que l’exécution. Toute œuvre n’a pas la prétention de révolutionner un genre musical. À vrai dire, si cette prétention existe, c’est très souvent le signe que le projet en question a été conçu avec une main occupée à se branler la nouille. Rap Machine aurait dû s’ouvrir sur Buzzer Shot, il débute finalement par Basic Instinct, un titre peut-être moins efficace, mais plus marquant sur lequel Disiz dézingue d’entrée Alain Soral : « J’ai lu Guénon et Malcom, rien à foutre de Soral / Encore un ciste-ra au swag de caporal ». Le rappeur s’était déjà payé la tête de Bernard-Henry Lévy sur Transe-Lucide et il devrait vraiment envisager de consacrer un EP entier à tirer sur toutes les pseudo têtes pensantes de l’hexagone. Dans sa conception comme dans son exécution, Rap Machine rappelle immédiatement Rap Genius, l’un des meilleurs titres de son précèdent album.

Quand il ne s’attaque pas au gouvernement sur En réunion, il récapitule les fondements du hip-hop sur Les 10 commandements du MC, un titre inspiré du Ten Crack Commandments de Biggie. Sur le vibrant Un jour j’ai fait un Tag, il dépeint avec virtuosité les pérégrinations d’un adolescent qui s’apprête à réaliser son premier graff, preuve que le rappeur excelle toujours autant dans l’art du story-telling. Il revisite de la même manière la relation tumultueuse de Bonnie et Clyde sur Bonnie sans Clyde, évoque sans concession sa jeunesse et son attirance pour les filles faciles sur Bitchiz et célèbre avec humilité l’amour sur La Souveraine. Rap Machine est rafraichissant pour la simple et bonne raison qu’il brasse énormément de thématiques sans ne jamais se répéter. Le point culminant de l’album a lieu sur La Promesse, un titre qui réunit Disiz, TiTo Prince, Soprano, Dinos Punchlinovic, Youssoupha et Hatik. Dix minutes, six rappeurs, autant de couplets exceptionnels ponctués par des trouvailles comme « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est l’amertume qui prend l’homme » dicté avec un certain désintérêt par Dinos Punchlinovic. S’il manque de véritables surprises, Rap Machine réussit là où Transe-Lucide avait quelque peu échoué : être dans l’air du temps tout en étant cohérent.

Disiz Rap Machine - VERDICT

Par Sholid le

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