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Compton, de Dr Dre

Chapeau l'artiste

S’il y a bien un album que personne ne pensait écouter cette année, c’est la troisième pièce discographique de Dr Dre, calée juste derrière le second album de Cannibal Ox. L’impensable s’est donc produit pour le premier rappeur milliardaire. Le docteur a toujours été dans l’air du temps. Même quand il s’agit d’officialiser son nouveau projet, il respecte les codes commerciaux et marketing de son époque. Annoncé à quelques jours seulement de sa sortie, Compton est tombé sans que la populace ait eu le temps de s’y préparer physiquement. Il faut dire qu’il y a tant de choses à dire sur Dre. Membre de N.W.A, rappeur prophète ayant révolutionné la musique, formateur de talents comme Eminem, The Game et Kendrick Lamar, entrepreneur à part entière capable de vous fourguer des casques de qualité discutable pour plusieurs centaines de billets : Andre Young est devenu un monstre.

C’est donc ce cinquantenaire à part entière qui ouvre son troisième album en criant « I just bought California » sur Talk About It. C’est peut-être la plus grande surprise de Compton : celle de réaliser que Dre n’est pas ce rappeur en charentaises qui se repose sur ses plus grands faits d’armes. Alors même qu’il n’a plus grand-chose à prouver, Dre a une grosse dalle. Cette énergie dégagée par le natif de Californie est une constante qui n’a jamais été retrouvée sur les quelques morceaux dévoilés officiellement (et officieusement) de Detox. Ce projet était de toute manière voué à crever sans que personne ne l’entende, et ce n’est pas plus mal comme ça. Les coups de génie sont souvent des œuvres qui sont nées sur l’instant, une concordance de faits qui ne s’étale pas dans le temps, soit tout le contraire de l’arlésienne Detox. Inutile de tourner autour du pot plus longtemps. Sur le plan musical, Compton n’a pas une seule fois l’ambition de The Chronic, ni même la portée de 2001.

Certains diront que cela fait de son dernier album son plus mauvais projet, ce qui reste encore une fois totalement relatif. C’est peut-être son projet le plus générique, celui qui manque le plus de personnalité. Pourtant, Compton réussit là où bon nombre échouent en offrant ni plus ni moins qu’un projet bien fini, cohérent, varié, soit la synthèse inaboutie de ce que Dre a offert au hip-hop dans sa globalité. Il ne manquait que cette surprise, ce moment unique où l’on se dit que le célèbre Docteur a encore une fois un temps d’avance sur le reste de la concurrence pour crier au génie. En soit, ce n’est peut-être pas plus mal. Il suffit d’écouter All In a Day’s Work pour se rendre compte que le rappeur/producteur n’a pas été épargné par les attentes suscitées par Detox. Partant du principe qu’il allait faire ce qu’il savait faire de mieux, Dre s’est libéré de ces carcans jusqu’à travailler sur ce qui s’avère être son projet le plus personnel. Il revient sans concession sur sa carrière, son statut de puissance financière, tout ce qui fait qu’il est devenu aujourd’hui un personnage fascinant aux yeux de tous. Si la révolution n’est plus musicale pour Dre, elle est assurément lyricale.

Il y a cette nostalgie bienveillante qui se dégage de Compton, comme si Andre regardait par-dessus son épaule pour rappeler au monde entier qu’il n’est pas né avec une cuillère en or entre les dents. Sur It’s All On Me, il revient sur le rêve éveillé qu’il vit depuis plus de vingt ans, de sa gloire connue avec N.W.A jusqu’à sa rencontre avec le sulfureux Suge Knight. Talking To My Diary s’impose alors comme un point final introspectif dans la carrière de Dre. Prenez n’importe quel rappeur dans l’air du temps, faites-lui réciter les paroles du Docteur : il s’agit d’un égo trip. Pour Andre, il s’agit tout simplement de sa propre vie, peu importe le jugement qu’on peut porter sur l’utilité d’une telle réussite financière. Compton est une synthèse. La synthèse de la vie de Dre, mais aussi la synthèse de son héritage musical. The Game est sous les projecteurs le temps d’un titre (Just Another Day). Xzibit revient d’entre les morts sur le puissant Loose Cannons. Eminem livre son habituel couplet sur Medecine Man. Kendrick Lamar prouve une fois de plus qu’il est le meilleur rappeur de sa génération à travers trois couplets absolument dantesques. Pour son grand final, Dre se retire avec les applaudissements de la foule et l’aigreur des quelques mecs au fond de la salle, en train de tirer sur leur clope en l’accusant de ne plus être que l’ombre de lui-même.

Dr Dre Compton - VERDICT

Crédit image entête (modifiée), Rhymeking. On vous encourage vivement à faire un tour sur la page perso de l’artiste.

Par Sholid le

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