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Laissez-moi vous raconter l’histoire d’un mec. Un garçon d’apparence quelconque, qui ne voulait pas s’enfermer derrière les murs d’une geôle qu’il avait lui-même engendrée. Lorsqu’il a explosé aux côtés de Lunice avec le projet TNGHT, Hudson Mohawke a laissé de côté une partie de son âme. Une facette que le jeune producteur a soigneusement enfermé dans un tiroir, très loin des effusions dévastatrices et des déflagrations de basses venues de son duo éphémère. Ross Birchard n’est pas juste le gourou de la Trap que tout le monde connait. Avant les tournées monstres, avant les productions pour le label de Kanye West, Hudmo était avant tout un gosse de Glasgow. Un fan invétéré de jeux vidéos, amoureux de sonorités rétro et de musiques électroniques, qu’il s’amuse à entrechoquer derrière des platines depuis l’adolescence. Son identité musicale atypique ne date pas d’hier. Elle transpirait déjà dans chacune des tracks de Butter, son tout premier album sorti en 2009.

C’était il y a six ans, et ça semble remonter à une éternité. Hudson lançait alors son premier disque au sein la très respectée écurie de Warp Records, qui l’avait repéré deux ans plus tôt. Je n’irai pas jusqu’à vous parler de chef-d’œuvre, mais Butter est une introduction au monde qui définie parfaitement le parcours de Hudmo. À savoir celui d’un type tout à fait lambda lorsque vous le croisez dans la rue, et qui embraye sur une transe monstre une fois qu’il laisse s’exprimer ses démons. Devant une table de mixage, Ross lâche les chiens. Il part dans tous les sens, quitte à bouleverser les genres, écorcher les habitudes, et laisser s’exprimer la rage, la sensibilité et le feu qui l’habite de toutes les manières possibles et imaginables. Le seul mec qui se rapproche plus ou moins de cette description s’appelle Rustie, et il vient lui aussi de Glasgow. Il y a quelques mois, c’était d’ailleurs à son tour de franchir avec brio le cap du deuxième album. Un virage toujours très délicat dans la carrière d’un artiste, que Hudmo a abordé comme une véritable renaissance.

Plus qu’attendu, le retour à ses premiers amours était inévitable. Mais il ne constitue plus la substantifique moelle de ce second LP. Imaginez plutôt la chose comme un retour nostalgique dans votre maison d’enfance, après avoir passé des années sur les routes du monde. Les murs sont les mêmes, le quartier aussi, mais tout semble plus petit que dans vos souvenirs. Cette vie-là ne vous appartient plus vraiment, malgré le fait que votre nom soit inscrit sur la boite aux lettres. Aujourd’hui, vous êtes la somme de celui que vous étiez avant de partir, et de toutes les nouvelles expériences acquises en chemin. Tout ça pour dire qu’après un tel périple, personne n’attendait un deuxième Butter. L’évolution de Hudmo est flagrante. Certainement plus fédératrice, sans non plus renier celui qu’il a toujours été. Prenez son lead-single, Very First Breath. Ok, cette track pue l’énième single d’été que l’on balance en pâture à des gamines trop jeunes pour aller en boite, et à des ados un peu trop rêveurs. Mais cette track grandit en vous. Elle se glisse vicieusement sous votre peau, entre par vos pores, et circule dans votre corps jusqu’à atteindre la case « plaisir coupable » de votre cerveau. C’est aussi simple qu’une brise d’été.

On pourrait aussi vous parler de l’électrique Shadow, ou bien des très belles Warriors et Deepspace, deux pistes chantées qui tranchent avec tout ce que le jeune homme avait fait avant. Il y a aussi les sifflements de Lantern, ou le souffle épique de Kettles : une sublime track où se rencontrent Philip Glass et Nobuo Uematsu, le génie derrière les musiques de Final Fantasy. Quant à Lil Djembe, elle nous rappelle humblement que personne n’est parfait. Pour les puristes, Portraits of Lucy démontre que le garçon a d’ailleurs de jolis restes de son premier album, dont les sonorités transpirent sur cette track. Elles se font néanmoins plus discrètes sur le reste de la galette. Un peu comme de petites touches qui rappellent à Hudson qui il est, et d’où il vient. Certains diront qu’il a perdu un brin de sa personnalité en chemin, que le succès l’a poussé à faire des compromis sur le mec qu’il était artistiquement parlant il y a cinq ans. Je pense juste que sur la route, Hudson a aussi touché du doigt ce besoin d’atteindre toujours plus de personnes avec ce qu’il est. C’est après tout le propos même de n’importe quel artiste. Il aurait pu s’enliser, et nous pondre des albums groovy et glitchés jusqu’à la fin des temps. Disons simplement que comme on vous le disait en préambule, Hudmo n’est pas prêt à s’enfermer derrière des barreaux de sa propre création. Ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais.

Hudmo Lantern - VERDICT

Par Random Hero le

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