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90059, de Jay Rock

Solide comme un...

De 90059 à 90210, il y a un monde entier. C’est un gouffre qui sépare ces deux quartiers de Los Angeles. Infâme pour l’un, paradisiaque pour l’autre. Pauvre, riche. Misérable, prospère. Dangereux, paisible. Deux localisations antithétiques qui symbolisent à la fois le rêve américain et l’échec d’une société qui délaisse les plus démunis. Son inspiration, Jay Rock l’a puise dans son vécu, passé à écouler le temps dans la jungle urbaine de Watts. Avec sa dimension étrangement mélancolique, le rappeur de TDE livre un album introspectif, un projet qui adoucit la violence, sans jamais la déguiser. Tout vient à point à qui sait attendre. Jay Rock a pris son temps, mais il tient finalement son millésime avec 90059.

Vous vous souvenez de l’époque où le son de la West Coast était prétendu mort et que l’un de ses seuls espoirs crédibles se surnommait The Game ? Cette époque est depuis longtemps révolue. Papoose clamait détenir New York dans la paume de sa main. Le label TDE pourrait dire exactement la même chose de Los Angeles. Arrêtons de déconner un moment, et laissons de côté les élucubrations populaires de YG et DJ Mustard. La West Coast, elle s’est pris un sacré coup de pied au cul avec Kendrick Lamar, Ab-Soul, Schoolboy Q et Jay Rock. Chaque nouvel album de ces rappeurs est attendu au tournant. La tâche de Jay Rock était doublement ardue. Il fallait non seulement élever le niveau après un premier album imparfait, mais aussi se hisser à la hauteur de ses collègues qui ont lâché entre temps To Pimp A Butterfly, These Days et Oxymoron. Au fond, la comparaison entre tous ces projets est insensée puisque chaque rappeur dispose d’un univers qui lui est propre. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ce label : cette variété de personnalités qui représentent différentes facettes de Los Angeles.

Jay Rock est sûrement le plus classique d’entre tous, mais non le moins talentueux. Sur 90059, le rappeur de TDE propage sa vision rétrospective, puisant son inspiration et sa réflexion sur des frustrations accumulées tout au long de sa vie : « Oh Lord, I’m just reminiscin’ / Kill the beat, some intervention on some inner vision » scande-il sur Easy Bake. Une marque de fabrique qui continue de distinguer Jay Rock, artiste qui oscille entre puissance du débit et nostalgie sur, par exemple, le mélancolique Wanna Ride. C’est cette dimension qui permet d’apercevoir les multiples facettes du rappeur originaire du quartier de Watts, qui n’hésite pas à se dédoubler pour justifier quelques refrains chantés en tant que Lance Skiiwalker. Il y a une sorte de retenu qui se dégage parfois de Jay Rock, une justesse qui le pousse à ne pas en faire trop sur Telegram, tout en meuglant quelques secondes plus tard sur l’énergique 90059.

L’album réserve ses deux plus beaux moments dans sa dernière partie. Le premier s’appelle Vice City et s’impose comme une démonstration de force, ou comment dévoiler toute l’importance d’un flow en quelques minutes. Sans cette astuce qui pousse tout le Black Hippy à débiter chaque mesure de la même manière, le titre ne serait sûrement qu’un gros featuring parmi tant d’autres. Le second se nomme Money Trees Deuce et rappellera quelques souvenirs à ceux qui ont pu entendre toute la maestria de Rock sur Money Trees, probablement le seul morceau de Good Kid Maad City sur lequel Kendrick Lamar se fait voler la vedette. Encore une fois, le rappeur s’approprie complètement l’ambiance du titre, au point d’éclipser sans difficulté le titre original. 90059 marque l’aboutissement d’une certaine maturité musicale pour Jay Rock, un projet qui lui permet d’exposer aux yeux de tous son univers qui, à défaut de surprendre, est solidement constitué. Il lui manque juste le petit grain de folie d’un Hood Gone Love It pour définitivement traverser le temps.

Jay Rock 90059 - REVIEW 01

Par Sholid le

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