Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

Indicud, de Kid Cudi

Saturation orbitale

Véritable extra terrestre dans le monde du hip-hop, Kid Cudi est un rappeur atypique, qui n’hésite pas à prendre à contre-pied les attentes du public. L’excellent et dépressif Man on the Moon II signait l’apogée du rappeur, dans un style qui lui est définitivement propre. Ce mois-ci, le chanteur originaire de Cleveland revient avec son troisième projet, Indicud, un album aux influences baroques qui ne laisse aucune place à l’optimisme. Cudi signe et persiste dans un genre dans lequel il excelle plus que tout.

Pour aborder correctement Indicud, il faut avoir une idée précise du concept dans lequel s’est lancé Kid Cudi. Inspiré par Chronic 2001, le rappeur a produit la totalité des titres de l’album (18 au total). Les featurings sont nombreux et Cudi s’efface même derrière eux, en bon chef d’orchestre qu’il est. Mais la question que tous les fans se posent est la suivante : est-ce que le rappeur a enfin repris la fumette ? Et bien, d’après Just  What I Am, la réponse est positive. Et tout le monde sait que Cudi n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est sous l’emprise de la drogue.

Il a beau présenter Indicud comme étant très différent du sombre Man on the Moon II, il est difficile de ne pas voir la continuité dans ce nouvel album. Il faut avouer qu’il en a parcouru du chemin depuis son premier album. Le sample de Lady Gaga, les collaborations avec MGMT et Ratatat, tout semble appartenir à une galaxie très lointaine désormais. Néanmoins, le rappeur est toujours habité par les mêmes peurs, les mêmes craintes, les mêmes angoisses. Avant même de se refléter dans ses lyrics, cela se ressent dans toutes les productions qu’il a pondues. Le ton est donné dès l’introduction avec The Resurrection of Scott Mescudi qui enchaine les saturations annonçant le retour terrifiant du Kid from Cleveland.

Si vous n’avez jamais accroché à la voix de Cudi, ce n’est pas Indicud qui va vous réconcilier avec le rappeur. Les limites de sa galaxie, il ne les connait pas et il se permet même de s’aventurer sur des terres sur lesquelles il n’est pas forcement le plus performant. Sur Immortal, par exemple, Scott Mescudi chante du début à la fin. « I’m living my life as if I got powers, And tonight I feel immortal ! », qui oserait le contredire quand il nous livre des titres de cette qualité ? Quand il ne chante pas, Cudi déverse des flows qui sortent de l’espace. Encore une fois, il ne s’impose pas de limites, pas même celle du rythme de ses productions, dans lesquelles il n’est pas inhabituel de retrouver quelques rifts de guitare. C’est particulier, mais toujours aussi efficace.

Toujours dans l’esprit de Chronic 2001, les featurings de qualité sont présents en nombre sur Indicud. De Kendrick Lamar, à RZA, en passant par A$AP Rocky ou encore King Chip (anciennement Chip Tha Ripper), Cudi s’efface à nouveau pour mieux les laisser s’exprimer. D’ailleurs, mention spéciale à King Chip qui livre un couplet qui éclipse totalement Kid Cudi sur l’excellent Just What I Am, à coup sûr l’un des meilleurs titres de l’album. Puis il faut avouer qu’entendre RZA rapper sur Beez a quelque chose d’unique. Mais il n’y a pas que le hip hop qui est à l’honneur dans Indicud. Kid Cudi s’est entouré d’artistes peu connus, mais au talent indéniable, comme Father John Misty, Haim ou encore le légendaire Michael Bolton, sur le long et mythique Afterwards. Bref, la variété ne manque pas parmi les invités.

Malheureusement, Indicud connait une petite baisse de régime en milieu de parcours. La faute à des titres qui peinent parfois à tirer leur épingle du jeu. L’album aurait gagné à être plus court.  Certains titres comme Mad Solar, Lord of The Sad and Lonely ou encore Cold Blooded ne sont pas mauvais, ils paraissent juste en retrait face aux véritables tueries de l’album parmi Just What I AM, Unfuckwittable, Young Lady et King Wizard.  En gros, ce n’est pas les bons titres qui manquent, mais un peu plus de constance n’aurait pas été de trop.

Comme tous les artistes qui vivent à contre-courant, Kid Cudi nous livre un troisième opus qui ne plaira pas à tout le monde. Déprimant dans sa propre galaxie, l’homme sur la lune ne se pose aucune limite dans la création. En résulte un album aux confins des genres. Des punchlines se mêlent à des rifts purement rock, alors qu’on entend au loin les chants lancinants du rappeur. La mort, la futilité de la vie, le temps qui passe, c’est un Cudi plus torturé que jamais qui s’exprime aussi bien derrière un micro que derrière une table de mixage. Indicud signe donc l’aboutissement d’un style, d’une ambiance dans laquelle on en ressort fébrile, presque tremblant de peur, mais les écoutilles comblées comme jamais.

Kid Cudi I - VERDICT

Par Sholid le

Plus de lecture