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III, de Moderat

Il suffit d'un instant

Il est intéressant de réécouter les premiers travaux de Moderat. Nous étions en 2003, et à l’époque, l’EP Auf Kosten Der Gesundheit évoluait très loin de ce que le trio berlinois fait ces temps-ci. C’est en 2009 que la rupture s’est produite, sur le premier opus de ce triptyque qui marque l’avènement du groupe tel qu’on le connait aujourd’hui. Si on se fie à l’intégralité de la carrière de Moderat, l’argument de ceux qui pointent du doigt le manque d’évolution est caduc. Néanmoins, si on prend les trois LP, c’est une tout autre histoire. Il est vrai que depuis 2009, le trio se love dans le confort d’une identité visuelle et musicale unique en son genre. Perdu dans le brouillard de vos diverses pérénigrations musicales, le troisième opus de Moderat est comme un chant des sirènes. Une ancre massive qui gît au fond de la mer, un phare à la lumière perçante qui ramène irrémédiablement à un port d’attache aux paysages époustouflants, mais aux courbes familières. Il suffit d’une seule écoute pour réaliser que la prise de risque n’est pas la qualité première de cette troisième itération, qui en possède pourtant beaucoup d’autres.

Bien qu’il réponde à la définition la plus directe du terme, Moderat n’est pas un super-groupe. Le trio, fusion ô combien fructueuse d’Apparat et de Modeselektor va bien au-delà de l’aspect too-much qui s’associe souvent à la pratique du coït entre deux entités artistiquement bien affirmées. Comme pour les deux premiers opus, il n’est ici pas question d’en faire plus, mais bien de retirer le superflu, sans pour autant en vider la substance. De ne garder que le nécessaire, sublimer la matière sans forcément accoucher de titres tous plus dépouillés les uns que les autres. Cette troisième offrande est généreuse dans son propos, mais un peu moins dans son exécution. Elle parvient néanmoins à transmettre quelque chose d’une rare justesse. Déterrer du fin fond de votre âme une émotion à la fois rare, inconnue, mais terriblement familière, sur laquelle il est difficile de coller une étiquette. Les étiquettes, Moderat n’en veut pas. Comme beaucoup d’autres artistes avant elle, la formation transcende le concept des genres. La frontière est souvent fine entre une pop que l’on pourrait pratiquement qualifier de mainstream, et les influences d’une musique électronique underground, travaillée, presque expérimentale, qui ne serait pas sans rappeler le laboratoire d’un Burial.

On pourrait également citer les nappes électroniques, post-rock, presque minimalistes d’un Four Tet. Cette rencontre à la fois fusionnelle et terriblement paradoxale trouve sa pleine expression sur Reminder. Lead-single, et accessoirement petite réussite de ce troisième opus. Une parmi tant d’autres. Certains parleront d’ascenseur émotionnel, et à juste titre. On est dans ce que le phénomène a de meilleur, mais aussi de plus perfide. Un morceau d’apparence lent, qui démarre comme une transition lambda, peut tout à fait renfermer un break, une simple note, un instant presque insaisissable où tout va basculer. Les endorphines peuvent fuser dans toutes les cellules de votre métabolisme, vos pieds peuvent décoller du sol, et puis plus rien. Le vide, la frustration, le retour au calme jusqu’au prochain décollage, si tenté qu’il y en ait un. Malgré son aura de déjà-vu, le troisième opus de Moderat donne toujours l’impression d’avancer dans l’inconnu. Un sentiment qui ne se dissipe pas après la dixième écoute. La découverte est presque perpétuelle, et les nuances sont nombreuses. Elles ne se saisissent pas forcément dès le premier passage dans vos tympans, à l’image d’un Intruder, ou d’Animal Trails, qui ne jouissent pas de l’immédiateté d’un Running ou d’un Eating Hooks.

Au fil de son évolution, le trio semble devenir de plus en plus conscient de sa propre existence, et de sa capacité à véhiculer une émotion plus complexe, qui va au-delà de la petite gâterie down-tempo qui passe toujours crème en fin de soirée. Ethereal n’est pas un morceau, c’est une chanson, au même titre que Ghostmother, The Fool ou bien Rusty Nails, Damage Done et Bad Kingdom sur les albums précédents. Autant de titres sur lesquels la vocalise n’est pas un simple écho éthéré, qui s’efface pour mieux laisser vivre la magnifique instru. The Fool s’aventure d’ailleurs sur un terrain Future Beat, qui pourrait pratiquement passer inaperçu sur un album de Flume. On retrouve néanmoins la charge émotionnelle du trio berlinois, qui fait véritablement office de fil conducteur. Finalement, tout est une question de feeling, d’état d’esprit, mais surtout de contexte. Si certains tracks pourront être jugés superflus, ils prendront une tout autre dimension au sein du tout que représente l’album. Lui même n’aura pas le même impact les yeux fermés, écouteurs vissés sur les oreilles, ou bien sur scène, devant la chaleur d’une scène. Quoi que l’on puisse en dire, ce troisième opus représente l’aboutissement d’une formule que ses trois géniteurs affinent et affirment depuis maintenant plus d’une décennie. C’est une parenthèse en apesanteur qui nous rappelle que le moindre détail compte, et que la musique est une science subtile, mais jamais exacte.

Modertat 3 REVIEW 02

Par Random Hero le

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