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I Never Learn, de Lykke Li

Perfectionnisme zélé

« I’m always ashamed of the pop songs I make ». Voilà un moment que Lykke Li cherche à se séparer de l’étiquette chanteuse pop. Nul doute que les albums Youth Novels et Wounded Rhymes laissaient entrevoir ce potentiel dansant. Le tubesque I follow River n’est au demeurant qu’un exemple parmi tant d’autres. Voilà pourquoi c’est d’autant plus jouissif de voir la jeune Suédoise balayer cette ouverture d’un simple revers. Du haut de ses 28 ans, Lykke Li ne vise rien d’autre que le statut d’interprète reconnue. Une artiste complète qui se permet déjà tout, et qui s’évertue à sortir le disque qui lui ressemble le plus au moment où elle le conçoit. Frappée par une rupture dévastatrice, c’est une Lykke Li à fleur de peau que l’on retrouve sur I never learn, un testament de 9 tracks à cœur ouvert. Sincère, poignant, mais au bout du compte vraiment usant.

La jeune chanteuse le dit elle-même : c’est un album qui traite de tout ce qui peut se passer lorsqu’on se retrouve seul du jour au lendemain. Lorsque le rideau est tiré, et qu’on se retrouve vidé de l’intérieur. Qu’il ne reste plus rien, mis à part regrets, mélancolie et culpabilité. Une violence bien réelle, qui constitue la substantifique moelle d’un album qui s’acharne à broyer du noir. Si le choix d’un disque de rupture peut effectivement s’avérer osé, il n’en demeure pas systématiquement payant. Il y a en effet quelque chose qui nous retient. C’est peut-être trop personnel pour être vraiment partagé. Comme si Lykke Li forçait volontairement le trait de l’émotion. Qu’elle s’était laissée emportée à un point où il devient parfois difficile de la suivre. Car c’est avant tout le sentiment d’un album thérapeutique qui émerge, souvent conflictuel dans les aspects qu’il aborde. Un peu à l’image de l’enchainement Love me like I’m not made of Steel / Never gonna love again. Des titres évocateurs, qui soulignent un des nombreux paradoxes évoqués dans ce troisième album. Le reflet d’une âme perdue, qui tourne comme une lionne en cage, tentant vainement de mettre des mots sur l’inexplicable. « This is me making love to my Demons » dit-elle.

C’est du pathos, pas de doutes là-dessus. Mais c’est un pathos assez intelligent pour ne pas systématiquement sortir les mouchoirs. No rest for the Wicked traite de la fatalité de l’être, en dégainant une partition qui n’en fait jamais trop, doublée de lyrics fourrés aux doubles sens : « There’ll be no rest for the wicked, There’s no song for the choir, There’s no hope for the wear, If you let them win without a fight ». Autre point culminant, Heart of Steel fait appel à la puissance éprouvée de chœurs, qui viennent donner un certain relief, contrastant efficacement avec le reste des pistes plus acoustiques, voir dépouillées. Love me like I’m not made of Stone délivre à ce titre une atmosphère intimiste, accentuée par les coups de grattes nonchalants, et cette voix fragile, à la limite de l’extinction. Quoi qu’on en dise, cette nana a toujours un organe vocal qui a le dont de transporter. Ce qui dans le fond, reste un fait assez rare. Son instrument naturel reste à bien plus d’un titre son arme d’ensorcellement la plus imposante. Glaciale, tantôt tremblotante, parfois puissante, mais toujours juste.

Définitivement pas dans l’air du temps, l never learn cultive un côté ballades rétros empli d’une légère touche 80’s. Il est par exemple humainement impossible de ne pas penser à Madonna en écoutant le morceau Gunshot. On retrouve ici un côté intemporel, qui pourrait bien être le fruit de la rencontre avec un certain David Lynch, sur son album The Big Dream. Reste que le tout peut laisser cet arrière-gout de plat. À trop vouloir tourner dans les mêmes sphères, ce troisième opus peut faire paraitre ses 33 petites minutes bien plus longues qu’elles ne le sont réellement. On pense à Just like a dream, Silver Line, ou même I never Learn. Typiquement le genre de compos ultra spleen déjà entendu 1000 fois dans les bandes-annonces de Grey’s Anatomy. Autant dire qu’on en a fait le tour au bout de 5 minutes. Il ne faut en effet pas confondre un album cohérent, et un album monocorde. Dans sa recherche presque obsessionnelle de créer « un chef-d’œuvre », Lykke Li a quelque peu étouffé son propos. Comme si son perfectionnisme zélé lui avait fait perdre de vue l’essentiel : faire un album pour elle-même, mais aussi pour les autres.

Lykke Li INL - VERDICT

Par Random Hero le

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