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Au-delà de son titre qui traduit bien l’ennui résidant de son album, Earl Sweatshirt joue sur plusieurs tableaux, quitte à n’exceller dans aucun d’entre eux. Rappeur mais aussi producteur, l’artiste est présent sur tous les fronts. L’avantage, c’est que le membre de Odd Future trouve immédiatement chaussure à son pied, le beat à son flow lancinant, l’instrumental à ses lyrics aussi obscurs qu’un condamné à mort sur le point de mettre fin à ses jours. Il y aurait forcément de quoi s’enthousiasmer face à un projet qui ne répond à aucune attente commerciale. Sauf que I don’t like shit, I don’t go outside est la preuve qu’il ne suffit pas de jouer hors des sentiers battus pour récolter immédiatement les lauriers.

La fascination que provoque Earl Sweatshirt dans le hip-hop est compréhensible. À seulement 21 ans, le rappeur dispose d’un univers sombre et mature, qui contraste méchamment avec la production quasiment pornographique de ses semblables. C’est un bon point pour lui et personne ne pourra jamais lui retirer, à moins qu’il ne tombe dans les travers vicieux du genre. Malgré tout, s’enthousiasmer sur cet artiste parce qu’il dispose d’un univers un tant soit peu différent est aussi puéril que de condamner un rappeur qui réussirait dans son domaine en livrant une musique accessible, disons même faussement négative si on ose la qualifier de commerciale. Un album qui plaît au grand public et à la critique, c’est tout à fait possible, même quand il ne s’agit pas de chef d’œuvre intemporel. Il faudrait vraiment faire preuve d’une grande prétention pour attendre de chaque artiste un classique en devenir. Tout comme il serait vraiment abrutissant de tolérer des œuvres sans âmes et médiocres, pour le simple principe de tolérer n’importe quelle création.

Personne ne reprochera à Earl Sweatshirt d’être dans sa bulle. Personne ne lui reprochera de faire quelque chose de différent, peut-être même de minoritaire. Comprenez par là qu’il ne s’agit pas d’une critique de Earl Sweatshirt, ni même de ses démons, mais tout simplement de sa musique et de ce qu’il en advient sur son nouvel album. Et autant dire tout de suite que les dix titres qu’il propose sont aussi dépressifs que l’état d’esprit dans lequel il doit se trouver depuis son adolescence. Doris, son précèdent album, portait déjà les stigmates d’une adolescence qu’on qualifiera de peu réjouissante. Sur le plan musical, l’album faisait tout de même preuve d’une certaine variété, tout en s’inscrivant dans la continuité de son univers. Seulement voilà, avec I don’t like shit, I don’t go outside, le rappeur de Odd Future donne l’impression de livrer une seule et longue track d’une trentaine de minutes. Non seulement les productions se ressemblent toutes sensiblement, mais la lenteur de son flow qui n’évolue jamais n’arrange pas une seule fois les choses.

Ce n’est pas tant le contenu qui pose problème, puisque Earl Sweatshirt écrit sûrement mieux qu’une bonne partie de ses contemporains, beaucoup plus médiatisés soit dit en passant. Ce ne sont même pas les sujets abordés qui posent problème. Dépressif, replié sur lui même durant son adolescence, Earl Sweatshirt évoque assez durement ces thématiques. Ce qui lui vaut une maturité et un recul presque dérangeant pour un rappeur de seulement 21 ans. Le problème de cet album, c’est de ne jamais faire l’effort d’offrir des variations, des changements de tempo, de rythme. Tout se ressemble, tout est semblable, rien ne se distingue foncièrement, si ce n’est quelques titres (Wool, Mantra et Grief) qui ne permettront pas d’inscrire le projet dans les mémoires. Réalisé quasiment en autarcie, le projet est majoritairement produit par le rappeur lui-même. Si Earl Sweatshirt avait pris la peine de sortir de chez lui et de prendre un minimum de recul sur son travail, peut-être qu’il se serait rendu compte des faux pas qui plombent son nouveau projet.

Earl Sweatshirt IDLSIDGO - VERDICT

Crédit image (modifiée), Edson Muzada. Retrouvez toutes les créations de l’artiste sur sa page.

Par Sholid le

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