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Forest Hills Drive, de J.Cole

Le cadeau de l'année

Personne ne l’attendait vraiment, pour la simple et bonne raison qu’il a été annoncé il y a seulement quelques semaines. Forest Hills Drive sera le troisième album de J.Cole, plus d’un an après le sympathique Born Sinner. Aucune campagne de promotion n’a été engagée, l’album est tombé sans vraiment prévenir, à la manière de Yeezus ou du dernier Beyoncé. L’effet de surprise passé, que reste-t-il de Forest Hills Drive ? Tout simplement l’un des meilleurs albums de l’année. Si ce n’est le meilleur.

La fin d’année fut assez prolifique pour le hip-hop ricain. Entre le retour tant attendu du Wu Tang Clan, la collaboration de Royce Da 5’9 avec DJ Premier, le dernier Ghostface Killah et la compilation Shady XV, il y a à boire et à manger. Et dans tout ce méli-mélo, J. Cole annonce calmement la sortie de son nouvel album, composé de treize titres. Le tout sans l’ombre d’un seul featuring, qui pourrait attiser l’œil du néophyte ou de l’auditeur confirmé. La simplicité de la démarche de J. Cole est en parfaite adéquation avec l’intégralité de son nouvel album, qui raisonne comme une séance de confession intime dans lequel le rappeur se livre sans artifices. Le projet transpire la confidentialité. La production a été assurée en majeure partie par le rappeur lui-même, comme si l’intimité qu’il instaure ne pouvait être prise en charge que par lui-même. En plus d’être du rap intelligent, c’est tout simplement du rap bien foutu, qui s’écoute, qui se boit comme un nectar dont chaque goutte serait précieuse. Une sincérité touchante, qui en deviendrait presque gênante, allant jusqu’à esquisser un sourire en coin de ceux qui se reconnaîtront dans les propos du rappeur. Quand il se confie sur sa première relation sexuelle sur Wet Dreamz, chaque mesure semble naturelle, fluide, comme une histoire racontée dans sa simplicité la plus pure.

D’un ton ironique, il se permet même de se jouer de la situation : « But If I told the truth I knew I’d get played out son / Hadn’t been in a pussy since I came out one ». A toi, lecteur, qui se plaint des déboires du hip-hop qui ne cesse de verser dans l’égo-trip, regrettant les propos conscients et politiques d’une époque qui semble révolue, pointant du doigt aisément le pognon, les putes et autres sujets de fantasmes des MC Patrick Sébastien, comme le dit si bien Disiz : voilà une raison valable de te réjouir du hip-hop cette année. Indirectement, J. Cole évoque cette vie fantasmagorique dans laquelle il aurait pu tomber sur le très conscient 03’ Adolescence. Des raisons pour écouter Forest Hills Drive, il y en a treize et pas une seule qui semble prendre le pas sur l’autre. Lorsqu’il fait référence à Charles Dickens avec A Tale Of 2 Citiez, c’est pour s’approprier avec une intelligence dissimulée le thème de deux jeunes aux chemins différents, mais avec la même destination en vue : celle du succès et de la réussite financière. La réalité, c’est que J.Cole ne laisse pas une seule fois la sensation de brasser du vent. Chaque titre apporte sa pierre à l’édifice, évoquant un temps les tribulations d’un adolescent en proie aux problèmes symptomatiques de toute une génération, un autre temps l’appropriation de la culture du hip-hop par des artistes au teint beaucoup moins sombre.

A l’image de Questlove qui constatait la suprématie annuelle discutable de Iggy Azaela, le rappeur y va de sa petite réflexion : « This year I’ll prolly go to the awards dappered down / Watch Iggy win a Grammy as I try to crack a smile ». L’année dernière, Macklemore raflait le Grammy du meilleur album de rap, coupant l’herbe sous le pied de Kendrick Lamar et son Good Kid, m.A.A.d City. L’injustice est suffisante pour que le rappeur de Caroline du Nord s’interroge sur la validité et la sincérité de ces remises de récompenses. Et on ne saurait trop le contredire. À mesure que l’album dévoile ses pistes, J. Cole ne cesse de surprendre, poussant légèrement de la voix sur le touchant Hello, sur lequel il multiple la cadence de ses flow au rythme des violons qui s’emballent. Les regrets ressortent (« Shit seem so sad when you look back »), les mesures s’accélèrent quelques secondes avant que Hello raisonne comme un appel à la fois rempli d’espoir et de tristesse. La sincérité : voilà le maître mot de Forest Hills Drive. Avec Apparently, le rappeur fait son mea culpa auprès de sa mère, délaissée au profit de sa quête de succès, comme personne d’autre ne l’aurait fait. À l’image du bon gosse qui vient d’une ville folle, J. Cole livre son testament avec ce troisième album : celui d’un artiste qui vient de rencontrer la maturité.

J Cole Forest Hills Drive - VERDICT

Crédit image, AutumnSaysHello. Retrouvez toutes les créations de la jeune américaine ici.

Par Sholid le

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