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Creatures, de Rone

Rêverie Mortelle

Difficile de faire plus personnel et plus imagé que ce nouvel album de Rone. Le troisième dans la discographie d’Erwan Castex, qui semble se livrer de plus en plus au fil de ses créations. Affranchi de certains poids, le jeune français toujours chez inFiné se libère, et n’hésite pas à aller chercher des propositions toujours plus lointaines. Rone n’a clairement plus les pieds sur terre. Il est dans sa bulle, et ne se soucie plus de ce qui pourrait plaire ou non. Il se permet tout, et c’est exactement de qui fait de Creatures son album le plus jouissif en date. À la fois léger et d’une grande complexité, ce nouvel opus marque une sorte de délivrance contagieuse. Un sentiment de liberté qui fait plaisir à voir, et qui plonge sans mal l’auditoire dans un état second. Pour peu que l’on veuille bien s’y attarder.

Creatures est un album de séduction, qui danse lentement autour de sa proie avant de vous prendre dans ses filets. Il n’y a rien d’immédiat dans ce disque, ce qui est loin d’être une mauvaise chose. Rone nous raconte une histoire, peuplée de bestioles magiques et invisibles planquées dans les objets du quotidien. Avec quelques grammes de plus dans le sang, j’aurais pu vous dire que c’est la bande-son d’un univers alternatif, qui prend vie dans une dimension parallèle à la nôtre. Creatures rend les choses plus belles, plus innocentes, plus mystiques. Cet album distribue du rêve, et ouvre les esprits. Ce qui est franchement apaisant. Juste histoire de décrocher une heure ou deux. Vous l’aurez deviné, on est sur quelque chose de bien plus abstrait que Spanish Breakfast sorti en 2009, ou encore Tohu Bohu qui date (déjà) de 2011.

Acid Reflux que l’on trouve en début de composition, en est un parfait exemple. Une track perdue dans des méandres électroniques dont Castex a le secret, et relevée par la présence du trompettiste japonais Toshinori Kondo, qui fait vraiment partie des maîtres de son art. Mais ce qui marque le plus, c’est avant tout ce nombre impressionnant de featuring. Rone n’est pratiquement jamais seul, et livre paradoxalement son album le plus intime. Avec le temps, la créature a su trouver sa voix (ou plutôt ses voix) et ne se limite pas aux pistes instrumentales. À ce moment-là, on est obligé de citer l’excellente Mortelle, enregistrée avec Bryce Dessner de The National, avec la voix d’Étienne Daho qui offre une prestation figée dans le temps, presque irréelle. Mortelle est un tableau. Une peinture au texte très imagé, qui apporte un souffle cinématographique qui ne nous quittera plus tout au long de l’album.

Dans le même genre, impossible de rester indifférent face à Quitter la Ville, enregistrée avec le timbre unique de François Marry des Atlas Mountains. La montée en puissance, les contrastes, la sensibilité : il n’y a rien à ajouter, rien à enlever. C’est tout simplement sublime. Toutes les tracks ne titillent hélas pas les mêmes sommets. Mais c’est aussi ce qui fait de l’album un tout, et non une simple succession de moments forts qui n’auraient plus aucuns sens. Sur Sir Orfeo, la voix éthérée de Sea Oleena nous emmène très loin. Si loin que l’on pourrait presque en faire la soundtrack du jeu vidéo Journey. Au contraire, Freaks impose d’emblée une certaine tension. Un stress, comme une vibration à la fois malsaine et dansante. Enfin, difficile de faire l’impasse sur Ouija, la symphonie électronique par excellence dans laquelle Rone se retrouve seul face à lui-même, mais plus que jamais tourné vers les autres.

Rone - VERDICT

Par Random Hero le

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