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Cherry Bomb, de Tyler The Creator

La cerise du créateur

Quatrième album de sa jeune et courte carrière, Cherry Bomb synthétise la folie de Tyler The Creator, porte-étendard d’un courant alternatif qui électrise autant qu’il foudroie. La tension dégagée par ce nouveau projet est à double tranchant. D’un côté, le leader de Odd Future agit en électron libre, affranchi de tout carcan musical qui lui dicterait la tonalité de ses productions musicales. D’un autre côté, le rappeur expérimente, sans jamais vraiment récolter les fruits de ses lauriers. Cherry Bomb est la preuve même qu’il ne suffit pas de cracher des insanités sur des pistes saturées pour être performant dans une nage à contre-courant.

Au-delà de son flow, de ses textes, son univers volontairement décalé, c’est la voix de Tyler The Creator qui marque de prime abord. Ce n’est pas une nouveauté et cela ne prendra pas au dépourvu ceux qui suivent le rappeur californien depuis ses débuts. Le bonhomme a les cordes vocales d’un cinquantenaire qui s’enfilerait deux paquets de clopes par jour, tout en sirotant quotidiennement une bouteille de Jack. Sa voix est un véritable atout. Impressionnante, elle permet à Tyler d’avoir une profondeur effrayante lorsqu’il débite des conneries susceptibles de provoquer un infarctus à vos grands-parents. Et puis il y a cette vanité dans les textes du rappeur qui font de lui une sorte de prophète du hip-hop, dictateur du bon goût lorsqu’il se permet de ridiculiser le chanteur favori de vos petites sœurs. En fait, le créateur a tout de la personne qu’on refuserait catégoriquement de présenter à nos géniteurs et à juste raison : il est tout simplement aussi inconstant qu’une dose importante de nitroglycérine.

Tous ces éléments font de Tyler un rappeur à part entière, sûrement pas le premier dans sa catégorie à balancer des coups de pied au cul aux bien-pensants, esclaves aveugles de l’Oncle Sam. Sorti en catimini, annoncé à seulement quelques jours de sa sortie (comme le veut la tendance actuelle), Cherry Bomb avait tout sur le papier de ce projet explosif qu’on chérirait autant qu’il se permettrait de cracher sur tout ce qui bouge. Première chute : Cherry Bomb n’est pas aussi irrévérencieux que le crédo de Tyler. Deuxième chute : Cherry Bomb ressemble plus à une expérimentation musicale qu’à un véritable projet audible. Vous débarquez maintenant en terrain connu. À l’image de son collègue Earl Sweatshirt, Tyler The Creator a pris entièrement la main sur la production de son nouvel album. Le résultat est mitigé. Dans la droite lignée d’une track ignoble de Death Grips, Tyler livre plusieurs titres salement saturés, sur lesquels il déballe des jérémiades qui n’ont que trop peu d’intérêt, puisqu’elles se retrouvent assez souvent ensevelies sous le poids d’une expérimentation maladroite, pour ne pas dire ratée. Ainsi, le titre éponyme de l’album n’a que peu d’intérêt. Pourtant, il est assez aisé de comprendre la démarche entreprise par le rappeur.

Quitte à chier sur le monde entier, autant le faire de manière extrêmement violente. Malheureusement, il y a d’autres façons de lever ses majeurs que de pousser la saturation musicale à son paroxysme. Tout comme Pusha T, ou récemment le français JP Manova, Tyler livre aussi sa petite reprise du Shake Your Booty de Bunny Sigler sur l’indifférent Buffalo. L’album affiche deux facettes différentes, mais complémentaires dans l’approche qu’exécute le jeune rappeur. Cherry Bomb alterne entre des bombes inaudibles, aussitôt oubliées qu’écoutées, avec des titres beaucoup plus calmes, souvent chantés, comme Find Your Wings, Blow My Load ou encore Fucking Young / Perfect, qui est l’un des meilleurs titres soit dit en passant. Au final, c’est dans des sonorités beaucoup plus classiques que Tyler fournit son meilleur travail. Accompagné par Kanye West et Lil Wayne sur Smuckers, le leader de Odd Future parvient à convaincre des tympans encore brulants de traumatisme, en étant fidèle à lui-même : « I clearly don’t give a fuck, say you could run that shit back / And fuck your loud pack, and fuck your snapchat ». À trop vouloir en faire, Cherry Bomb explose en plein vol, laissant l’auditeur assez perplexe, il faut bien l’avouer.

Tyler The Creator Cherry Bomb - VERDICT

Par Sholid le

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