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Pour beaucoup, les mecs de Chemical Brothers sont un anachronisme. Des légendes oubliées qui ont fait se déplacer les foules dans un autre temps, où les Air Max avaient le monopole et où l’acide était aussi un truc qui pouvait se passer dans vos oreilles. Pour tous ceux qui étaient présents depuis les prémices au milieu des années 90, The Chemical Brothers n’est que le reflet nostalgique d’une époque où tout était encore possible. Aujourd’hui, ceux qui se désarticulaient comme des fous dans les fosses sont probablement rangés, mariés, deux gosses, un troisième en chemin, et contents de pouvoir mettre la pression à des stagiaires dans leur taff aussi chiant que convenu, mais seulement du lundi au vendredi, de 9h à 16h30. De par leur singularité artistique, Tom Rowlands et Ed Simons ont toujours eu du mal à renouveler leur public. Ils continuent pourtant à fédérer, notamment grâce à une faculté extraordinaire dans l’art de se détacher de la masse. Plus que jamais, ils apparaissent comme des OVNI inclassables. Des mecs qui mettent un point d’honneur à ne rentrer dans aucun moule, aucune mouvance, aucun effet de mode. Et c’est précisément ce qui fait d’eux un duo intemporel.

Autant l’expier d’entrée de jeu. À vrai dire, il est inutile de rabâcher l’argument du c’était mieux avant. C’est vrai. Refaire tourner Exit Planet Dust, Come with Us ou même Push the Button est loin d’être une mauvaise idée. Certains seront même enclins à oser la comparaison entre le duo de Manchester et un vieux film français avec Jaques Villeret et Michel Galabru, dans lequel il est question de membre du troisième âge et de résistance. Si on prenait la décision de les comparer à ce qu’ils étaient, les Chemical Brothers en sortiraient forcément perdants. Au-delà de la concurrence féroce de la nouvelle scène électronique, avec des mecs comme Rustie ou Hudson Mohawke qui ne lâchent pas le morceau, c’est bien contre leurs avatars du passé que Rowlands et Simons luttent. La hargne sur scène, les shows mythiques, les drops sortis de nulle part, les assemblages de sons qui forment un tout à la fois puissant, bizarre, impie, mais hautement addictif. Dans le fond, la formule n’a pas vraiment changé, ce qui est loin d’être une mauvaise chose. Pour être tout à fait franc, c’est même plutôt cool de voir qu’il y a encore de la place pour Chemical Brothers dans un monde dirigé par l’EDM bon marché, où des DJ peu inspirés brassent des millions, et trempent les shorts de millions d’âmes innocentes aux oreilles profanes, qui ont eu la malchance de découvrir l’électro avec de la musique de merde.

C’est peut-être moche à dire, mais en 2015, la nostalgie de Chemical Brothers pourrait presque être considérée comme un vent de fraicheur. Ce qui n’était pas du tout le cas de The Day is My Enemy, le dernier album de Prodigy, qui reposait sur des mécaniques absolument éculées par le groupe. Voilà ce qu’il reste de la grande époque du big beat anglais, où Fat Boy Slim, Prodigy et Chemical Brothers mettaient le feu aux poudres, des clubs les plus privés jusqu’aux raves les plus sauvages. Le premier est tombé en disgrâce, l’autre tourne en boucle et s’enlise dans ses propres travers. Seul Chemical Brothers propose un semblant de renouveau. Un nouveau chapitre, un nouveau souffle. Peut-être bien le dernier. Force est de constater que le duo n’a rien perdu de sa verve, de l’électrique Go avec son kick old-school, sans oublier le power single Sometime I feel so Desterted, ou bien le chill parfaitement senti du combo Radiate / Wide Open. Difficile de ne pas non plus s’emporter sur le rythme assassin de EML Ritual. Et puisqu’il fallait bien cracher dans la soupe à un moment ou à un autre, vous me ferez le plaisir de copieusement zapper l’infâme Taste of Honey. Il faut néanmoins se rendre à l’évidence, les Chemical ne sont plus cette paire de chiens fous qui cherchaient à faire du bruit par tous les moyens.

Il n’y a pas d’explosion, pas de coup d’éclat à l’horizon. Pour la première fois de leur carrière, le duo semble posé, comme convaincu qu’ils n’ont plus rien à prouver. Il n’en font pas trop. L’époque du Block Rokin’ Beat sur Dig your own hole est révolue, tout comme celle de Galvanize en 2005. Dix ans après les faits, ils se réinventent encore, et rappellent de la plus subtile des manières qu’ils restent des pionniers. Ceux qui ont su exploser les barrières entre les genres, laissant les critiques de l’époque sans voix. La parfaite antithèse de la scène mainstream actuelle, cette putain d’EDM, qui se contente de suivre gentiment les sentiers battus, voguant au rythme des effets de mode, et vivant sous le dicktact des vues sur Youtube. Voilà comment on se retrouve à sortir un album Dubstep, puis un album Trap, suivi d’un album Deep House en l’espace de trois ans. The Chemical Brothers prône l’anarchie, encore et toujours. Ils sont totalement désinhibés, et n’ont plus peur de décevoir. Ils seraient pourtant ceux qui auraient le plus à perdre. Vous voyez le paradoxe ? Leur musique est plus jeune que le chiffre imprimé sur leur carte d’identité. Voilà quelque chose que l’on ne pourra jamais leur enlever : artistiquement, le duo a au moins le mérite de ne jamais avoir sacrifié son cul sur l’autel de la dernière tendance.

Chemical Brothers BITE - VERDICT

Par Random Hero le

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