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Bush, de Snoop Dogg

Chien de compétition

Les décennies passent, le hip-hop évolue et le cœur du processus de création ne change pas. La qualité d’un titre se résume à deux fondamentaux : le rappeur et le producteur. Les deux font la paire et leur alchimie est garante d’une solidité musicale qui donne parfois naissance à des coups de génie. Ces plus grandes fulgurances créatives, Snoop Dogg les doit en partie à Pharell Williams, ce petit producteur méconnu des grands médias jusqu’à ce que leurs chastes tympans découvrent que le bonhomme est capable de pousser la chansonnette sur Get Lucky des Daft Punk. Le cerveau atteint par des décennies de consommation d’herbes médicinales, Snoop Dogg s’est dit qu’il était temps de renouer avec le génie instable de Pharell, le temps d’un nouvel album qui tient presque toutes ses promesses.

Bush a tout du projet par excellence. Produit intégralement par Pharell Williams, l’album réunit de grands noms comme Stevie Wonder, Charlie Wilson, Gwen Stefani ou encore Kendrick Lamar, autour de Snoop Dogg : un rappeur qu’il n’est plus nécessaire de présenter depuis bien longtemps. La longévité de Calvin Broadus est vertigineuse. Là où ses anciens compagnons musicaux ont fait le choix de la retraite anticipée ou de l’agissement dans l’ombre, Snoop continue ses expérimentations artistiques, comme un gamin qui n’en aurait jamais fini de jouer. Chaque année, il répond à l’appel de bon nombre de ses collègues rappeurs, désacralisant son statut de pionnier du genre, pour ne pas dire de légende. Snoop est le bon pote, le rappeur sympathique qu’il est facile de moquer lorsqu’il s’engage sur des déclarations délirantes, provoquées par son amour inconditionnel pour les drogues douces. Le titre Bush fait explicitement référence à ces substances, comme si le rappeur californien avait besoin d’enfoncer le clou pour démontrer son importance dans son inspiration. Avec ce treizième album, Snoop Dogg livre un opus dans la droite lignée de ce qu’on peut attendre d’une collaboration intégrale avec Pharell Williams.

Son rôle est capital dans cet album. Il ordonne la tonalité des dix titres, signe quelques pépites comme R U A Freak ou encore Awake, offre une cohérence musicale qui ne fait jamais défaut, tout en permettant à Snoop de chanter de manière quasi exclusive. C’est à se demander si Bush n’est pas plus l’album de Pharell que celui de Snoop. La forme prend irrémédiablement le pas sur le fond, sans que ce soit pour autant un reproche qu’on puisse lui adresser. De toute manière, il fallait être profondément naïf pour attendre des envolées lyriques de Snoop Dogg en 2015. La surprise n’est pas de taille et fait de Bush un produit musical un tantinet prévisible, parfois même légèrement redondant. Impossible de ne pas tirer la gueule à l’écoute de I’m Ya Dogg, un titre sans âme réunissant pourtant Kendrick Lamar et Rick Ross, assurément la plus grande déception de ce projet. Les reproches désormais expédiés, il serait peut-être temps de s’enthousiasmer sur ce qui fait de cet album une réussite, une ode au G-Funk consolidée par un Snoop d’une nonchalance hors pair. Les sonorités de la West Coast, le célèbre chien les a inscrites dans son code génétique.

Aujourd’hui encore, et alors même qu’on retrouve une partie de cette dimension musicale dans le dernier Kendrick Lamar, il est l’un des seuls à pouvoir le faire avec une aisance et une prestance qui force définitivement le respect. Commercialement parlant, Bush est un projet ambivalent, parfaitement taillé pour occuper les ondes sonores aussi longtemps que le soleil occupera le ciel, tout en proposant une authenticité que seuls les plus exigeants (pour ne pas dire les plus chiants) oseront remettre en question. Je ne vais pas vous faire l’affront d’évoquer toutes les pistes qui ont le potentiel de tourner en radio et dans n’importe quel endroit susceptible de jouer de la musique, pour la simple et bonne raison qu’il faudrait évoquer la quasi-totalité des dix pistes de l’album. Même lorsqu’il convie discrètement Stevie Wonder sur California Roll pour assurer quelques notes d’harmonica, Snoop ne faiblit pas, comme si la tâche était beaucoup trop facile pour lui. Parce qu’au final, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un quarantenaire chantant justement son amour pour la fumette, l’anatomie féminine et Los Angeles. Un quarantenaire qui vient de pourvoir sa discographie d’un excellent treizième album.

Snoop Bush - VERDICT

Par Sholid le

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