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Brava, de Brodinski

Dirty South

C’est assez dingue de se dire qu’après tant d’années passées à écumer la scène électronique, Brodinski n’en soit qu’à sa toute première galette. Il serait faux de dire qu’au fil du temps, Louis Rogé n’est pas devenu l’un des noms les plus influents de la scène hexagonale. Un milieu auquel le Champenois n’appartient qu’à moitié, lui qui se dit avant tout la somme d’influences internationales, ayant avant tout grandit avec internet. C’est peut-être con dit comme ça, mais cette idée exprime à elle seule une grande partie du propos de Brava. Un album hybride qui ne s’enracine nulle-part, rencontre entre ce qu’il reste de la French Touch et la scène hip-hop underground américaine. Dans notre société hyperconnectée, Brodinski se positionne contre l’idée d’une musique localisée.

Bien entendu, l’idée de la fusion entre le hip-hop et l’électronique n’est pas vraiment nouvelle. On pourrait remonter jusqu’à Afrikaa Bambaataa, le père fondateur de beaucoup de choses. Plus récemment, on pourrait aussi citer un certain DJ Medhi. Il y a aussi ce truc venu de la scène hip-hop du Sud que l’on appelle la Trap Music. Une étiquette un petit peu réductrice en ce qui concerne le nouvel effort de Brodinski, mais que l’on ne peut en aucun cas ignorer. Surtout lorsque l’on voit dans la liste des featuring des noms comme Slim Thug, un MC de Houston qui s’inscrit parfaitement dans le Dirty South, véritable berceau incubateur de ladite Trap Music. Un genre assez prépondérant ces temps-ci, dont on aurait pu espérer une rencontre un peu plus fructueuse avec l’univers de Louis Rogé. Bien qu’il se dise un artiste de la génération internet, Brodinski symbolise malgré lui une scène électronique française dans laquelle il a baigné allègrement. Une scène à laquelle il participe encore assez activement, et dont on attendait peut-être un héritage moins timide sur un premier album.

Il suffit d’écouter Warm Up pour comprendre que la collaboration avec Slim Thug n’est en réalité qu’un échange qui ne va que dans un seul sens. Le rappeur pose son flow habituel, sur une instru un peu facile, pas plus inspirée de ça. On sent bien les séquelles de la collaboration artistique avec un certain Kayne West, qui remonte à 2013 sur l’album Yeezus. Le fan de rap qui repose en Louis Rogé réalise alors qu’il a lui aussi quelque chose à apporter à ce glorieux édifice qu’est le rap américain. Et c’est le cas. Chose qui se vérifie d’ailleurs sur de nombreuses tracks. Mais dans l’ensemble, on a souvent l’impression d’écouter l’album d’un fan, qui a du mal à s’approprier des codes qui ne sont pas les siens. Peut-être la peur de casser un équilibre, de bouleverser une culture qui n’était à l’origine pas la sienne. Or, je continue à penser que l’univers dans lequel on grandit a une influence capitale sur l’univers d’un artiste. Internet n’est dans le fond qu’un moyen de se renseigner, mais en aucun cas de vivre la chose de l’intérieur. Pour bouleverser les codes d’un genre, il faut savoir aller plus loin que des vidéos YouTube et quelques voyages. Il faut l’avoir vécu.

Brodinski est un maître de sa discipline. Mais cette discipline n’est pas le rap. Au mieux, son héritage électronique est une arme qui a le pouvoir de transfigurer un morceau hip-hop, en apposant une instru coup de poing qui s’éloignera des prods classiques de rap. Ce n’est pas un hasard si les fulgurances de l’album trempent dans un background électronique identifiable. On pense par exemple à l’excellente Need for Speed avec Louisahhh et Bloody Jay, qui revient poser son flow sur Us, un autre temps fort de l’album. Au rayon des réussites totales, on pourrait aussi citer Bury Me (qui rappelle un peu la verve épurée d’un Gesaffelstein), Interview, ou encore Hector. Si on le prend pour ce qu’il est, Brava reste un truc que l’on aurait fortement envie de vous conseiller. Une célébration sombre de tous les éléments codifiés du rap : l’argent, la drogue, le sexe. Les thématiques de l’album n’hésitant pas à se vautrer dans la philosophie hédoniste du Dirty South, avec une innocence et un entrain qui frôle la caricature. Si on m’avait dit en 2008 que le premier album de Brodinski allait ressembler à ça, j’aurais probablement pouffé un bon coup avant de rétorquer avec assurance un vieux : « Ouai, d’accord mec ».

Brodinski Brava - VERDICT

Par Random Hero le

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