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Dans le paysage musical américain, Cannibal Ox porte l’image de ce groupe de hip-hop underground regretté et injustement sous-estimé. Après tout, c’est assez souvent la destinée qui est réservée à tous ceux qui ont choisi d’évoluer dans les caves de leurs potes plutôt que sous la lumière des projecteurs. Quoi que, on pourrait passer des heures à disserter sur le fait qu’il s’agisse plus d’une mésaventure que d’un choix. Cannibal Ox de retour en 2015 (soit quatorze ans après la sortie de leur premier album), ce n’est pas seulement un coup du destin, mais un miracle que le Vatican devrait sérieusement prendre en considération. A moins qu’il ne suffise de remercier Kickstarter et la générosité d’une poignée de donneurs. Quant au pape François, il a pour le moment choisi de ne pas commenter cette résurrection inattendue.

Comment vous faire comprendre l’importance de Cannibal Ox ? Disons que si la vie ne se contentait pas d’agir comme la dernière des catins, le groupe n’aurait éprouvé aucune peine à obtenir l’exposition médiatique et critique de Run The Jewels. D’ailleurs, si la vie ne se contentait pas d’agir ironiquement comme un Voltaire gonflé sous acide, El-P (la moitié de Run The Jewels) n’aurait jamais quitté Cannibal Ox, lui qui a assuré l’intégrale production de The Cold Vein, le premier album du groupe qui remonte à 2001. Et si le mot « quitter » est utilisé, c’est que la séparation du duo new-yorkais de leur célèbre producteur s’est faite dans le sang, à coup d’accusations virulentes propagées sur le feu réseau MySpace en 2009. Six années plus tard et un El-P en moins, Cannibal Ox revient d’entre les morts avec Blade Of The Ronin, leur second album produit en très grande partie (à l’exception d’un titre) par le méconnue Bill Cosmiq. Si le changement de producteur est important, c’est que la question de son importance est très souvent capitale dans le hip-hop.

Est-ce le producteur qui façonne le rappeur, l’inverse ou un juste équilibre des deux ? Personne ne niera le rôle capital qu’a pu avoir Dr Dre sur la carrière d’Eminem, No I.D sur celle de Common et Kanye West ou encore Timbaland sur Missy Eliott. Un titre, une introduction, c’est ce qu’il suffit à Cannibal Ox pour prouver que leur réussite ne tient pas qu’à un nom. Leur réussite, ils la doivent aux choix judicieux qu’ils effectuent, puisque chaque production agit comme une purge auditive sur laquelle Vast Aire et Vordul Mega transpirent le charisme. Deux voix à part entière, deux magiciens au talent indéniable, les deux membres de Cannibal Ox sont à l’image des Rônins présents dans le titre de leur album. Exclus de la société, exclus de toute considération musicale populaire, les deux samouraïs manient leurs katanas comme jamais et tranchent dans le vif, au gré de leurs envies et de leur inspiration. Qu’il s’agisse de dénoncer l’hypocrisie humaine sur The Power Cosmiq, de vanter les mérites de leurs vers sur Blade (The Art Of Ox) ou d’associer de manière peu subtile les travers de la société au comportement animal, les mots sont à Cannibal Ox ce que l’anthropophagie est à Hannibal Lecter.

Ce qui est assez sidérant, c’est que l’album ne donne jamais la sensation d’être plus que ce qu’il est déjà, c’est-à-dire une très bonne production de hip-hop. Blade Of The Ronin n’est pas élitiste, ni même fédérateur. C’est avant tout la construction d’une ambiance, l’assimilation d’une cohérence à deux flows aussi froids que des cadavres en décomposition. Si le hip-hop populaire est une femme vénale qui se fait dorer le cuir sous le soleil brulant de Los Angeles ou Miami, le hip-hop de Cannibal Ox est mère au foyer célibataire croulant sous les dettes et respirant l’air glacial des rues de New York. Le titre Water synthétise précisément le travail effectué par le groupe sur ce second album. Le projet a de particulier qu’il puise ses influences dans la culture asiatique, tout comme le Wu Tang Clan a su le faire tout au long de sa carrière. La différence, c’est que la carrière du Wu s’est possiblement achevée sur un pétard mouillé qui n’aura ravi que peu de monde, si ce n’est quelques intrépides nostalgiques qui ont su s’abreuver sagement de ses petites qualités. Certes, Cannibal Ox n’a pas la longévité, ni même la productivité du Wu Tang. Mais leur second album est plus dans l’air du temps, bien plus accompli que A Better Tomorrow.

Cannibal OX - VERDICT

Par Sholid le

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