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Joey Badass, 20 ans, New York, Brooklyn. Réputation : en constante augmentation depuis la sortie de sa mixtape 1999. Ambition : sortir un premier album à la hauteur de la réputation qu’il s’est construite. Réalisation : se donner les moyens d’accomplir son ambition sans tomber dans une facilité ambiante. Et c’est avec une maturité étonnante, absente chez nombreux de ses collègues, que le jeune rappeur construit le premier édifice de sa prometteuse discographie.

Avant les liasses de billets, qui est vraiment Joey Badass ? Le garçon vient seulement d’atteindre sa vingtième année. Le succès qu’il rencontre depuis quelques temps n’a néanmoins rien changé à sa vie. Il habite toujours chez sa mère, dans le quartier de Brooklyn. Autrement dit, le bonhomme n’est pas du genre à se précipiter. C’est la première impression qui résulte de B4.DA.$$. Pas une seule fois le sentiment que le jeune rappeur éhonté a vendu son âme ne raisonne. En ce lieu sacré du rap new-yorkais, vous ne trouverez aucune production synthétisée jusqu’à la moelle, mais des basses souvent intenses, accompagnées par quelques scratchs, des boucles samplées et le phrasé assez brutal de Joey. Dans le berceau du jeune rappeur, il y a du Nas, du Jay-Z, du Wu-Tang, du Biggie. Dans sa musique, il y a des décennies d’histoire. Et s’il n’est pas aussi bien entouré que ses ainés, il parvient tout de même à décrocher des productions de DJ Premier, du regretté J Dilla et de Statik Selektah. Plus la prod semble importante, plus le rappeur new-yorkais est à la hauteur des attentes.

Sur Paper Trails, il fusionne instantanément avec l’instrumental magistral de DJ Premier, il enchaîne les punchlines bien trouvées (« They say money is the root of all evil / I see money as the route of all people »), sans jamais dissocier le fond de la forme. Certes, l’exploit n’est pas réitéré sur tous les titres de l’album, mais les plus maîtrisés ont l’effet d’un high-kick dans la jugulaire. Les pincettes mises de côté, Joey Badass fait preuve d’une énergie débordante, mais toujours maîtrisée, comme sur les puissants Big Dusty, No. 99 et Christ Conscious. Cette agressivité verbale qui a fait la gloire du rap new-yorkais est sagement mesurée. Comprenez par là qu’elle n’est clairement pas omniprésente. B4.DA.$$ brasse diverses ambiances, tout en gardant une véritable unité et identité. Il suffit d’une production inédite de J Dilla pour détendre l’atmosphère. Le très en vogue BJ The Chicago Kid accompagne les dénonciations politiques et sociales de Joey, preuve que le rappeur n’est pas qu’une coquille vide juste bonne à éponger ce qu’il reste du rap new-yorkais des années 90. Il y a bien quelques titres un peu en deçà comme Escape 120 ou Black Beetles. Mais ils ne sont jamais profondément mauvais, juste quelconques.

On regrettera surtout que la collaboration avec Action Bronson sur Run Up On Ya n’est pas été un peu plus audacieuse. Joey Badass aurait gagné à être contaminé par la folie d’Action Bronson le temps d’un titre. C’est d’ailleurs l’un des principaux reproches qui pourrait être attribué à ce premier album : l’ensemble manque parfois de surprise et de cran. Mais s’attarder sur ce détail, ce serait aussi déplacé que de reprocher à un enfant de tomber lorsqu’il fait ses premiers pas. On préfèrera s’attarder sur les nombreuses qualités sonores et lyricales de l’album, en surveillant l’évolution d’un artiste naissant. Pour son premier album, Joey Badass ne réalisera pas de coup de maître, mais il transforme l’essai comme on l’espérait. Pendant un temps, j’ai été tenté de qualifier de régressif l’univers de Joey Badass. Ce serait faire fausse route. B4.DA.$$ n’est pas tourné vers le passé, il est profondément New-Yorkais. Et c’est parce qu’il ne cède pas à une certaine globalisation du rap et qu’il assume ses influences, qu’il se démarque fièrement de ce que les autres font et feront.

Joey Badass - VERDICT

Par Sholid le

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