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Aurora, de Ben Frost

Fièvre Claustrophobique

Ben Frost est incontestablement un des plus mecs les radicaux dans son domaine. Sa musique qui associe segments de fureur mécanique et parenthèses de calme ecclésiastique n’a jamais fait dans la demi-mesure. Véritable marque de fabrique, c’est cette manière brute d’exposer les contrastes qui avait déjà mis une grosse claque à pas mal de monde en 2009, avec l’album By the Throat. Au-delà du simple disque, cette galette condensait l’enfer, le purgatoire et le paradis de Dante, au sein de 13 pistes qui s’avalaient comme une seule. L’Australien exilé en Islande semblait alors au bout du bout de l’expérimental électronique, signant son apogée avec un album qui donnait vraiment le sentiment d’avoir tout donné. Cinq ans plus tard, Ben Frost remet en jeu l’essence même de sa signature musicale en bouleversant son mode de conception, faisant de Aurora l’un des disques les plus brutaux de l’année.

Difficile de revenir du cataclysmique By the Throat, surtout en s’imposant le rythme infernal d’un album par an. Il fallait un élément déclencheur, une main innocente pour presser la détente qui allait sortir l’Australien de sa routine. L’idée de se barrer au Congo peut de prime abord paraître saugrenue, voire complètement foireuse. C’est pourtant en grande partie là-bas que Ben Frost a retrouvé son Mojo, perdu dans un cabanon, face à son laptop branché sur un générateur diesel. “It was a way of stepping outside the holes I dug for myself.” Délesté de son matos récurrent, le producteur s’est adapté. Il a changé de mode opératoire et s’est affranchi de tous ses éléments physiques, laissant derrière lui les pianos et autres instruments. Le résultat est plus saturé que jamais, enivrant, et reflète plus généralement l’expression vibrante d’un artiste qui a réellement repoussé ses limites. Entendez par là que Aurora est sûrement l’un des albums les plus tranchés du monsieur. Ce qui peut à la fois constituer sa force, mais aussi une faiblesse. En adoptant le chaos comme seule vraie ligne directrice, Ben Frost livre une copie fiévreuse qui va en laisser plus d’un sur le carreau.

À l’image de cette cover granuleuse, rien ne sonne clean dans Aurora. C’est une machine inconstante, pleine de grains de sable qui obstruent sans arrêt le bon déroulement des choses. Frost y utilise le bruit blanc comme une matière première dans laquelle il façonne des semblants de mélodie, donnant lieu à ce vacarme sauvage qui semble évoluer au-delà du contrôle de son géniteur. Les silences (comme dans The Teeth behind Kisses, ou No Sorrowing) sont également légion, apportant à l’équation cette atmosphère à la fois paisible et inquiétante. L’album reste à ce titre majoritairement dans le domaine de l’ambiant, même s’il fait souvent preuve de remarquables montées en puissance. Nolan, Secant, ou encore Soda Fide recèlent à plus d’un titre de quoi accentuer cette aura apocalyptique viscérale. Le spectre de la déflagration n’est jamais bien loin, rendant les détonations sonores d’autant plus jubilatoires. C’est d’ailleurs là que se tient la vraie violence de Aurora, qui semble lors de certains passages uniquement crée pour punir. Frost le dit lui-même, il a parfois eu l’impression de créer un monstre. Bien lui en a pris de ne pas avoir calmé ses pulsions.

Au beau milieu du vacarme, il y a aussi Venter, qui condense en une seule track le feeling global de cette nouvelle production. Tout d’abord le calme, les passages drone énigmatiques, l’art de nuancer le subtil. Puis le break, le point de rupture, la balle tirée au ralenti qui délivre une claque monstre, avant de finir le tout au beau milieu d’un champ de bataille sonique. On penserait presque au dernier album de Sigur Ros, en encore plus reclus, moins terre-à-terre, et résolument plus électronica. Comme toujours, il est avant tout question d’offrir une expérience psychique et sensorielle. Un truc éprouvant que l’on écoute dans le noir, les écouteurs vissés jusqu’au cerveau, et qui va à coup sûr en laisser pas mal sur les rotules. C’est d’ailleurs à se demander si Ben Frost n’est pas allé trop loin sur ce coup là, notamment en distillant tout un tas de références scientifiques et psychologiques à son propos. Une chose est sûre, on ressort inexorablement vidé de la tempête électrique Aurora. Soit l’expression même d’un album qui ne plaira clairement pas à tout le monde, mais qui reste au sommet de son art.

Ben Frost Aurora - VERDICT

Par Random Hero le

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