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Dans le cas de Danny Brown, la névrose n’a jamais été autre chose qu’une formidable source d’inspiration créative. Son flow dépravé n’a d’égal que sa capacité à nous plonger tête baissée dans ses plus grands excès et ses pires phobies. Il n’y a pas de demi-mesure dans le sous-texte du rappeur de Détroit. Juste du vécu, une écriture folle, et une manière très concrète de retranscrire la démence qui lui ronge le cerveau. Plus que jamais, le natif de la Motor City est un alien. Un marginal revendiqué, qui s’affranchit inlassablement des codes mis en place par des décennies de hip-hop.

Et on ne dit pas uniquement ça à cause de sa voix qui aurait pu sortir d’un épisode de South Park. Brown est un animal de spontanéité. Chacun de ses textes répond à une pulsion plus qu’à une véritable réflexion. Sur Atrocity Exhibition, l’homme se laisse dévorer par ses doutes dans une démarche qui n’a absolument rien de thérapeutique. Si vous avez l’impression qu’il vous tend une main désespérée, c’est pour mieux vous tirer d’un coup sec, avant de vous faire basculer dans son monde de débauche. En plus d’ouvrir superbement l’album, Downward Spiral condense plus ou moins tout ce qui tourne de travers dans la tête de Brown. Ses démons, ses vices, sa psychose : « Your worst nightmare for me is a normal dream » lance-il sur un ton désabusé, comme submergé par une lente et douloureuse descente aux enfers. Les plaisirs de la chair sont évoqués avec un détachement alarmant, et le rappeur noie sa solitude avec toutes les substances possibles : « Smoking blunt after blunt, ’til my eyes start burning. Hennessy straight down my chest like a furnace, drowning frustrations in an ocean of sin ». Une sensation de chute interminable qui s’accentue sur la production pleine de distorsions signée Paul White. Les influences sont variées, et vont du post-Punk aux atmosphères lubriques bien plus inquiétantes. L’homme est spectateur de sa propre existence, et vit son succès critique et commercial par procuration, multipliant les allusions à son ancienne vie de dealer : « Now I sell out all my shows, Used to sell out all my blow », balance-t’il sur Really Doe.

Incontestablement l’un des temps forts de l’album, qui rassemble Kendrick Lamar, Ab-Soul et Earl Sweat-shirt sur une instru hypnotique. Comme le reste de l’album, le morceau n’a rien d’immédiat. Disons qu’il se savoure sur la longueur, et se dévoile au fil des écoutes. Avec un casting pareil, Brown aurait pourtant facilement pu céder à la facilité du banger des familles, qui n’aurait fait que vendre des semis-remorque d’Atrocity Exhibition. On ne peut que louer la démarche du rappeur qui reste fidèle à lui même, et alterne les prises de conscience avec d’autres passages d’une rare subtilité : « Mouth all on my genitals, suckin’ on it like she gettin’ vitamins and minerals. I be on the chemicals, she be on my testicles ». Une folie contagieuse qui se vérifie sur la très furax When it Rain. Tell me what I don’t know nous propulse dans le passé de dealer de Brown, pour lequel il a servi une peine de prison, et qui continue à la hanter plus d’une décennie après : « Last night homie got killed at the liquor store, shot my nia on the way to get a Swisher ». Les références à la grande faucheuse sont nombreuses, perpétuant une phobie qu’il exposait déjà sur son album XXX. Brown est une fois de plus désarmé face à sa propre mortalité qu’il évoque sur la très explicitement titrée White Line : « Lines and lines of coke, heart beatning hope it ain’t my time to go ». Quant à Pneumonia, elle prône l’égo-trip pur et dur. Autant de thématiques qui n’ont fondamentalement rien de nouveau, mais qui ne seraient rien sans un perfectionnisme à toute épreuve. Le fond est la forme sont en parfaite adéquation, faisant d’Atrocity Exhibition le testament d’un homme en proie à ses démons, mais avant tout passionné par son art. L’ultime parole de Hell for It est lourde de sens : « I just wanna make music, fuck being a celebrity, cause these songs that I write leave behind my legacy ».

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Par Random Hero le

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