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Ateyaba, de Joke

Egotrip 3.0

De l’insolence à l’état pur, voilà ce que propose Joke avec Ateyaba, son premier album après une série de mixtapes couronnées de succès. Mais l’insolence n’est rien sans le talent, et de ce côté, le rappeur de Montpellier en a à revendre ! De l’égotrip aux revendications postcoloniales, Jokeezy excelle dans tous les domaines, même si le propos ne fera que nourrir la flamme des détracteurs du genre. Peu importe, les signes ne trompent pas : écoute après écoute, la lassitude ne se fait pas sentir, au point de se demander si Joke ne vient pas de sortir le meilleur album de rap français de l’année, si ce n’est le plus marquant de ces dernières années.

Quand on a la prétention de « baiser le rap français », on n’a pas le droit à l’erreur. Ils sont des centaines à le revendiquer, des centaines à échouer lamentablement sur l’autel de l’égotrip et surtout de la grosse tête. Pourtant, une fois de temps en temps, un de ces vantards parvient à tirer son épingle du jeu en proposant un album à la hauteur du statut qu’il revendique. Dans le cas de Joke, il s’agit ni plus ni moins d’être la relève du rap français. Alors quand on livre un album aussi bon qu’Ateyaba, l’insolence devient encore plus indigeste puisqu’elle est d’autant plus vraie. Dans Pharaon, l’introduction ultra violente de l’album, le rappeur clame avec un flow flambant neuf : « J’parle à la nuit, pas au coris, j’ai mon obélisque à Paris / Le soleil se couche, Pharaon fait apparition ». Le choc est brutal, le titre s’achève en apothéose sous un micro saturé. On en ressort lessivé et il s’agit seulement du premier titre de l’album.

Ce degré de qualité, Joke le maintiendra tout au long d’Ateyaba, à l’exception d’un ou deux titres légèrement en déca. Les thématiques abordées n’ont, de prime abord, rien d’inédit. Joke baise comme un porc sur le posé mais non moins salace Jen Selter, Joke se trimballe avec une paire de gros flingues sur l’hymne à la west side Menace et Joke n’est pas du tout content sur l’électrique On Est Sur Les Nerfs. Cependant, le rappeur montpelliérain le fait avec une énergie débordante, une nonchalance désormais légendaire et un talent pour le phrasé indéniable. Ateyaba brasse une multitude de genres sans tomber dans la facilité. On passe d’un titre aux influences R’n’b comme French Riviera, à de la trap music sur Miley en un clin d’œil, sans que cela ne paraisse jamais forcé. Parmi les pépites à ne surtout pas manquer, on retiendra avant tout New Jack City et Casino, deux titres qui font honneur de la plus belle des manières aux films du même nom. Un petit coup d’œil rapide à la tracklist suffit à voir toute l’ambition du rappeur qui a su s’entourer de deux grands noms du hip-hop ricain : le rappeur Pusha-T et la chanteuse Jhene Aiko, rien que ça.

Mais là où on n’attendait pas Joke, c’est sur des textes plus sérieux, plus engagés. Sur le titre éponyme de l’album, il met de côté l’égotrip pour se concentrer sur ses origines, son passé, symbolisé par son grand-père Ateyaba qui n’a jamais obtenu la reconnaissance du pays pour lequel il s’est battu : « En cours j’ai appris une histoire fictive / Une histoire où des dettes doivent être payés par les victimes / Tous ces mensonges créent des racistes ignorants ». Un titre presque touchant qui tape là où ça fait mal, alors même que des dizaines d’autres se sont déjà aventurés sur le terrain avec autant de succès. Choquant et plaisant quand il est insolemment vulgaire, consciencieux quand il évoque des thèmes beaucoup plus réalistes, loin de la fantaisie de l’égotrip, Joke impose définitivement son style inimitable. Celui qu’on présentait comme l’espoir du rap français a toutes les cartes en main pour devenir l’un de ses futurs acteurs majeurs.

Joke Ateyaba - VERDICT

Par Sholid le

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