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All Wet, de Mr Oizo

Give me your liver

Il y a un truc de véritablement animal dans la musique de Quentin Dupieux. Comme une sorte d’anarchie revendiquée. C’est l’art du tout, tout de suite, sans préliminaire. Celui que le monde de la musique connaît mieux sous le nom de Mr Oizo ne s’embarrasse pas des mondanités d’usage. Il entre dans le lard sans sommation, et laisse dans son sillage des réactions qui vont de l’extase la plus profonde au dégoût viscéral. Quoi qu’il fasse, Dupieux continuera à être rejeté comme un mauvais implant par ses détracteurs les plus fidèles, qui ne verront en lui qu’une immense imposture. Et ils n’auront pas complètement tort. Sa musique est après tout le reflet d’une société d’hyper-consommation tout ce qu’il y a de plus détestable. En plus d’une décennie, Dupieux a usé ses propres codes, faisant de lui une singularité comme on en fait plus. All Wet sonne néanmoins l’heure de la remise en question. Si la démarche d’aller de l’avant est forcément louable, le résultat est loin d’être indispensable.

Disons que sur cet album, Dupieux n’a plus rien du type marginal qui balançait allègrement la sauce sur Flat Beat. Ce qu’il gagne en uniformité, il le perd en originalité. Prenez Lambs Anger, Stade 2 ou plus récemment l’album The Church : en plus de 15 ans d’existence, Dupieux n’a jamais cherché à satisfaire les codes d’une musique prémâchée, conçue pour satisfaire le plus grand nombre. On était plutôt dans un apparent je-m’en-foutisme le plus total, qui est en réalité le reflet d’une spontanéité salvatrice. Le mec chope une boucle, il la met en forme, et passe à la suite. Play, stop, next. On ne s’attarde jamais très longtemps sur le même sujet, et c’est précisément ce qui fait de Dupieux un génie dans son domaine. Chacun de ses morceaux commence par une incompréhension. Un choc, qui peut aller jusqu’à la claque en bonne et due forme. Vient ensuite l’étape de l’acceptation, suivie de très près par l’addiction. Le côté hypnotique des productions de Dupieux se vérifie une nouvelle fois sur des titres comme Useless, Your Liver, ou la frénétique Oiseaux, qui balance toute la purée en une minute et seize secondes, montre en main. Soit visiblement le temps qu’il faut pour retourner le cerveau n’importe quelle personne équipée de deux tympans et état de marche. C’est court, intense, et c’est précisément le genre de décharges que l’on vient consciemment se manger dans un album de Dupieux.

Au-delà des habituelles purges, All Wet marque surtout l’arrivée d’une armée de featurings, qui vont du plus prometteur (Boys Noize) au plus improbable (Charli XCX). Sur le papier, on ne peut que se réjouir de voir l’Oizo s’ouvrir à de nouveaux univers. C’est après tout la réponse à un reproche récurrent des derniers albums, qui consistait à dire que Dupieux commençait peu à peu à se refermer sur lui-même. Faire de la musique pour lui, et lui seul. Un reproche qui devient caduc sur ce nouvel album. Sur le morceau All Wet, Siriusmo n’est pas là pour faire de la figuration. Il déballe son univers qui vient atténuer les folies de Mr Oizo. L’harmonie est parfaite. Même constat pour Boys Noize, qui laisse aller ses influences Strictly Raw sur Ruhe. Sea Horses avec Tétanos se laisse largement écouter, tout comme la très cool No Tony avec Phra, qui transporte sur la côte italienne le temps d’une petite minute 28. Les choses s’enveniment avec Hand in the Fire, un morceau à la production archi-banale, soutenu par Charli XCX. Sans être foncièrement dégueulasse, End of the World qui représente l’antithèse absolue de tout ce qu’on aime chez Dupieux. Pas de chance, c’est aussi le morceau le plus long de l’album. Pour sa collaboration avec Skrillex, Mr Oizo s’est mis au diapason d’un format commercial. C’est mieux fini, plus chiadé, plus normal, et fatalement plus triste. L’encéphalogramme reste plat, mais personne ne pourra reprocher à l’artiste d’avoir voulu tenter autre chose.

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Par Random Hero le

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