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Les artistes cultes d’un genre musical ont la particularité d’être intouchables dans l’esprit des auditeurs. Il suffit d’évoquer le nom d’un nouveau projet pour fantasmer sur une œuvre à la hauteur d’une réputation durement acquise. Un nouveau Pink Floyd, le dernier Daft Punk, le prochain Wu Tang, ça ne peut qu’être bon après tout, non ? C’est justement dans ces moments que les légendes sont plus fébriles que jamais. Disons juste qu’avec A Better Tomorrow, les beaux jours du groupe de Staten Island semblent plus appartenir au passé.

Il suffit de s’intéresser à la genèse de cet album pour comprendre instantanément que les membres du Wu n’étaient pas tous sur la même longueur d’onde. Depuis l’évocation d’un dernier projet pour boucler une carrière longue de vingt ans, des conflits ont émergé entre RZA d’un côté, et Raekwon et Ghostface Killah de l’autre. Quand le premier reproche aux deux autres un manque d’implication, Raekwon dénonce la mainmise totale du producteur sur le projet, l’accusant de sombrer dans une nostalgie dangereuse plutôt que de s’écarter des sentiers battus en accouchant d’un album beaucoup plus humble. S’il était impossible de livrer un verdict sur ce conflit interne il y a quelques mois, on est désormais en mesure de dire que Raekwon avait vu juste : le rôle de RZA est une épine dans le pied du groupe. Certes, nombreux se réjouiront de ne pas voir ce crew mythique tomber dans une facilité commerciale barbante, mais il est d’autant plus aisé de se dire que la production globale est chiante, sans même prendre la peine de céder au travers du genre.

Et ça, c’est ce qui arrive quand le mec qui tient un projet aussi important sur ses épaules préfère regarder derrière lui, plutôt qu’en avant. Ce qui est avant tout regrettable, c’est que ce faux pas d’envergure fait perdre l’intégralité de la hargne qui a fondé le succès du groupe new-yorkais. Quitte à faire un album à la hauteur du « hardest group in the game », autant s’en donner les moyens en s’appuyant avant tout sur la force du Wu : une équipe de rappeurs qui savent cracher et déployer toute leur force derrière un micro. Deux sursauts ont lieu sur cet album. Seulement deux morceaux, où l’intégralité du groupe semble regarder dans la même direction. Ruckus In B Minor a la lourde tâche d’ouvrir l’album, et ce, de façon assez convaincante. Il faut dire que pour le coup, RZA est épaulé par Rick Rubin, le bonhomme derrière 99 Problems de Jay-Z, qui limite les dégâts d’une éventuelle production foireuse, sans même parler du mixage. Le deuxième sursaut a lieu sur le titre éponyme de l’album A Better Tomorrow, le second titre à porter ce nom dans la musicographie du groupe. Il marquera assurément moins les oreilles que le titre original, mais on lui reconnaîtra volontiers un positivisme qui n’est pas désagréable à écouter, chose que l’on rejettera facilement sur le sample efficace de Teddy Pendagrass.

Si d’autres sons comme 40th Street Black et Keep Watch parviennent à entretenir la flamme, le reste de l’album souffre de problèmes de rythme, de mixage, avec la lourde sensation d’écouter une équipe d’all-star un peu à la traîne. Pourtant, il suffit d’entendre la voix et le flow de Method Man (reconnaissables parmi un millier), les paroles du défunt Ol’ Dirty Bastard sur l’introduction Ruckus In B Minor, ou encore ces quelques bruitages de vieux films d’action asiatiques pour se dire qu’il y a bien pire sentence que d’écouter un nouvel album du Wu en 2014. Après tout, le message livré par A Better Tomorrow arrive à point nommé, dans une période faste en erreurs policières et judiciaires. Malheureusement, la nostalgie a ses limites. A tel point qu’il reste humainement difficile de s’incliner face à la simple réunion de ces neuf légendes du hip-hop. Pour ce qui est des grands heures du Wu, on continuera pour le moment à se tourner vers le passé.

Wu-Tang Clan ABT - VERDICT

Crédit image (modifiée), Dawgs.

Par Sholid le

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