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13, de Black Sabbath

Heaven and Hell

On évitera de vous faire l’affront de présenter les Sabbath noirs. On évitera également de faire l’apologie complète de la carrière de ceux qui ont donné les lettres de noblesses au heavy durant la sainte décennie des 70’s. Paranoid, Sabbath Bloody Sabbath, Sabotage, et on en passe: autant de monuments du rock qui resteront à jamais gravé dans la légende. La suite ne fut qu’une succession de hauts et d’ébats (attention humour), qui n’ont fait qu’assoir la légende. La relation fusionnelle avec le LSD, les divergences d’opinion, les séparations, les périodes avec le (très) regretté chanteur Ronnie James Dio… l’histoire du groupe n’est qu’une succession de péripéties, à tel point que cette ultime reformation tenait presque de la science-fiction. Pourtant le dénouement est proche, 13 est bel et bien là. Un album forcément un brin nostalgique, certainement pas une apothéose, et pourtant, la touche repeat a bel et bien été maltraitée durant l’élaboration de cette chronique.

L’événement n’est pas mince, plus de 40 piges après la sortie d’un album qui allait tout changer. Alors il y a forcément la nostalgie, servie en large portion, dégoulinante un peu sur les bords. Les doigts sont plein de gras, les différents condiments débordent un peu dans tous les sens, mais le goût projette immédiatement dans une autre décennie. Ce goût, c’est celui d’un heavy à tendance pachydermique, doomé jusqu’à plus soif, résonnant furieusement par moment juste histoire de nous rappeler que Tommy Iommy (seul membre à être resté Sabbath du début à la fin), mais aussi ce bon vieux Ozzy, n’ont pas passé un demi-siècle sur les stages pour rien.

La fougue n’est certes plus la même, mais la performance se doit d’être saluée (surtout quand on pense que Iommy se battait contre un cancer il y n’y pas même pas 6 mois, et qu’Osbourne doit être déchiré de l’intérieur par tout ce qu’il a ingurgité et régurgité durant ses grandes années). Le combo initial de End of the Begginning et God is Dead reste une performance dans la plus pure tradition des Sab. 16 minutes qui alternent entre puissance pure, vrombissement lointains, solos salvateurs et vintage assumé.

Le temps des expérimentations est loin, et on ne sera pas surpris de voir les Sab ressortir leurs instruments les plus rodés (mais aussi les plus appréciés) sur leur petite réunion de famille. Pas de synthés ni de chants grégoriens, mais tout de même moult hommages qu’on pourrait considérer comme des clins d’œil à leurs gros classiques. Le plus évident restant l’orage grondant à la fin du morceau Dear Father… Le résultat sonne forcément plus conventionnel, sans surprises, et par avance, voué à être décevant. Pourtant, difficile de leur en vouloir puisqu’il faut bien reconnaitre que, au bout du 19ème album, les mecs sont en droit de revenir à quelque-chose de plus attendu, quitte à parfois tomber dans l’auto-plagiat. Un groupe quadragénaire qui n’a plus rien à prouver aurait bien tord de ne pas se vautrer de temps à autre dans leur propre légende. La démarche n’est pas des plus honorables sur le papier, mais il faut bien y reconnaitre un plaisir coupable une fois la galette lancée. On pense notamment à l’excellent Age of Reason, ou encore le trippy Zeitgeist

Le flacon n’a pas vraiment changé mais, au fond, l’ivresse n’est plus la même. Elle frappe moins fort et, il faut bien le reconnaitre, moins longtemps. La machine bien huilée est parfois à bout de souffle, crachant de ses poumons le sang de 4 décennies de tournées et d’excès en tous genres. Le cas Osbourne semble se dégrader à vue d’œil, apportant de sa voix d’outre-tombe à la fois un cachet unique, mais aussi une vraie perte de vitesse sur les morceaux. Résultat: le mixage de Rick Rubin ne sait plus sur quel pied danser. Enfin, on éludera la part des percussions signée Brad Wilk, le batteur de Rage Against the Machine (qui remplace au pied levé un Bill Ward au bout du rouleau), qui se trouve ici pratiquement réduit au silence.

Au final, 13 réussit le triple paradoxe d’être à la fois l’album qu’on attendait plus, celui auquel tout le monde s’attendait, et enfin de ne pas être la légende qu’on attendait vraiment. Si la nostalgie omniprésente et le manque de prises de risques pathologique peuvent paralyser la réussite totale de ce retour, c’est tout de même avec un plaisir coupable non dissimulé qu’on dévorera la dernière offrande de ceux qui ont changé la face du rock. Pour le pire, mais surtout pour le meilleur.

Black Sabbath - VERDICT

Par Yox le

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