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The Witcher 3

La démesure narrative

Les doutes étaient légion, l’espoir grandissant, la curiosité palpable. Et si tout annonçait une expérience réjouissante, rien ne laissait présager la claque monumentale que The Witcher 3 s’apprêtait à distribuer à des millions de personnes. Sa révolution n’est pas technique. Elle ne se situe pas dans ces somptueux tableaux idylliques aux couleurs frappantes. Elle se situe encore moins dans l’intégration de rouages bien connus du grand public comme des passionnés de niche. Ses prouesses sont avant tout narratives, d’une cohérence et d’une grandeur renversante. La leçon est d’une humilité magistrale : voilà comment une équipe d’orfèvres est parvenue à confectionner un bijou inestimable.

De village en village, de contrée en contrée, de bordel en bordel, Geralt de Riv s’est construit une réputation de sorceleur hors pair. Parfois vides, parfois pleines, ses bourses sont la principale motivation de ses actions. Tout travail mérite salaire, alors Geralt engage la conversation. Un griffon à dégommer ? Ça se négocie en quelques centaines de pesos. Un empereur à satisfaire ? Une personne disparue à retrouver ? Geralt répond à l’appel, toujours moyennant finance. Son rôle dans cette société moyenâgeuse est pourtant déterminé : il est l’un des seuls à pouvoir débarrasser le monde de ses créatures monstrueuses qui terrorisent la populace. Naturellement, Geralt va très rapidement évoluer en dehors des fonctions qui lui sont attribuées. La recherche de sa fille spirituelle, les alliances empiriques et les retrouvailles de longue date ponctuent le parcours d’un personnage débordant de charisme. Le monde de The Witcher a de fascinant qu’il s’appuie sur des mythes et légendes connus de tous, mais qu’il efface continuellement toute considération manichéenne. D’autant plus que le jeu prend un malin plaisir à mettre le joueur face à des choix cornéliens qui dictent l’avenir des relations entre Geralt et les différents protagonistes de l’aventure. Face à l’implication constante du joueur que le titre met en œuvre, et l’empathie soulignée de bout en bout, The Witcher réussit là où la quasi-totalité de la concurrence échoue : proposer une aventure passionnante, des personnages hauts en couleur et une quête principale qui ne faiblit jamais. Il y a bien ces nombreux détours scénaristiques qui pourraient être une raison d’abandonner la tâche dans le milieu de l’histoire, mais ils sont tous justifiés par une ambition narrative hors du commun.

The Witcher 3 est une démonstration. Sa beauté n’est pas illusoire. Ce n’est pas un simple faire-part qui invite le consommateur à sacrifier quelques billets sur l’autel du dernier effet pyrotechnique impressionnant. Bien sûr, sa plastique est avantageuse et il serait hypocrite de nier le fait que cette réussite visuelle participe à l’émerveillement constant que provoque le jeu. Mais si The Witcher 3 fédère et sidère autant, c’est parce que son écriture et d’une rare générosité. La quantité, la qualité, les deux dimensions sont traitées de manière équitable, proposant ainsi un contenu tout bonnement gargantuesque. La moindre quête secondaire, la moindre babiole à récupérer, la moindre mandale à distribuer a fait l’objet d’un soin narratif particulier. Une centaine d’heures plus tard, le jeu continue de délivrer son lot de réjouissances. À l’image d’un roman-fleuve, les pages défilent et l’intérêt reste grandissant face à une fresque fantastique hors du commun. Le traitement accordé à la prise en main du jeu n’a pas à rougir face à ces réussites créatives. Si The Witcher 3 n’invente pas la poudre, il se contente d’y foutre le feu, de faire exploser la réserve et d’envoyer valser toutes les frustrations cumulées par le genre depuis des années. L’action est constamment épique, la gestion de son équipement confère une montée en puissance jouissive et le titre continue de déployer son lot de nouveauté même en bout de course. C’est tout simplement un tour de force, un braquage de votre vie sociale avec la promesse d’une épopée hors du commun. Le jeu est un exercice d’équilibriste qui vise à caresser le joueur dans le sens du poil, sans jamais se reposer sur les lauriers d’un univers déjà fondé de toute pièce par l’auteur Andrzej Sapkowski. Désormais, la question n’est plus de se demander ce que l’on retiendra de The Witcher 3, mais ce qu’on parviendra à oublier.

Witcher 3 - VERDICT

Par Sholid le

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